Rapport Vers des agricultures à hautes performances. Étude Inra pour le Commissariat général à la stratégie et à la prospective. © Inra, Pascale Inzerillo, Véronique Gavalda

L’agriculture biologique en débat

L’étude « Comment rendre l’agriculture biologique française plus productive et plus compétitive ? », réalisée par des chercheurs de l’Inra pour le CGSP et publiée le 14 octobre 2013, a été au cœur d’une controverse. Afin qu’elle produise de la connaissance sur les divergences de points de vue, le CGSP et l’Inra ont organisé le 20 mars 2014 une réunion. Ces réflexions se sont poursuivies par un cycle de 3 séminaires de recherche et recherche-développement sur l'agriculture biologique (AB), organisés à l'automne 2014.

Automne 2014 : Séminaires de recherche et recherche-développement sur l’agriculture biologique

Comme il s'y était engagé, l'Inra a organisé, à compter de la rentrée de septembre 2014, un cycle de trois séminaires de recherche et de recherche-développement sur l'agriculture biologique (AB). Ces trois séminaires, d'une durée d'une journée chacun, se sont déroulés les 16 septembre, 7 octobre et 18 novembre, à Paris. Organisés sous la responsabilité de Marc Benoit et de Marc Tchamitchian (co-directeurs du Comité interne de l’agriculture biologique - CIAB - à l’Inra), avec le concours de Jean-Marc Meynard (président du Conseil scientifique de l’agriculture biologique – CSAB -), les séminaires étaient présidés par Bertrand Hervieu (vice-président du CGAAER). 

Profitant de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) du programme de recherche propre de l’Inra consacré spécifiquement à l’AB (programme AgriBio IV) dont les réponses sont parvenues au début du mois de juillet 2014, ce cycle de trois séminaires avait pour objectif, de façon générale, à alimenter la programmation des recherches de l’Inra sur l’AB dans le cadre d’échanges avec les différents partenaires impliqués et/ou intéressés par l’AB. Cette programmation des recherches sur l’AB concerne aussi bien le programme spécifique susmentionné AgriBio IV que d’autres cadres de programmation de l’Inra, en particulier celui des métaprogrammes (MP) et celui du programme Pour et sur le développement régional (PSDR). 

Programme et information

20 mars 2014 : construire de la connaissance

L’étude « Comment rendre l’agriculture biologique française plus productive et plus compétitive ? », réalisée par des chercheurs de l’Inra pour le CGSP et publiée le 14 octobre 2013, était au cœur d’une controverse. Afin qu’elle produise de la connaissance sur les divergences de points de vue, le CGSP et l’Inra ont organisé le 20 mars 2014 une réunion présidée par Bertrand Hervieu entre le commanditaire de l’étude (le CGSP), ses auteurs de l’Inra et ouverte aux 141 signataires de la note demandant le retrait du rapport et la réalisation d’une expertise scientifique collective. En voici un résumé.

Un premier temps de réunion consacré aux critiques émises à l’égard du rapport

Les éléments échangés étaient, pour l’essentiel, les arguments des notes rédigées par les signataires et les auteurs de l’étude depuis la publication du rapport. Ils ont notamment porté sur la question initiale :

  • La productivité et la compétitivité sont deux éléments particuliers de l’analyse de la performance de l’AB, perspective dans laquelle s’est placé le CGSP et qui doit être complétée
     
  • Les choix méthodologiques : Comment évaluer l’ensemble des performances actuelles de l’AB, en particulier celles relatives à la santé des agriculteurs et des consommateurs ? À quelle échelle peut-on comparer les performances des exploitations en AB : à l’échelle de la parcelle, de l’exploitation, des agroécosystèmes, des régions ? Comment interpréter les chiffres lorsqu’on est dans un domaine où les données sont partielles et les variabilités très grandes en fonction des productions, des milieux, des années, etc.
     
  • L’analyse prospective : Comment anticiper l’ensemble des performances de l’AB en 2020 ? Comment traiter la question des freins et des leviers pour développer l’AB et atteindre l’objectif du Grenelle de 20 % de SAU en AB en 2020 ?
     
  • L’encadrement des travaux d’études : Faut-il, et si oui comment, encadrer le fonctionnement des études telles que celle-ci ?

Dans son propos liminaire, François Houllier a par ailleurs rappelé que l’investissement de la France, notamment de l’Inra, sur les recherches relatives à l’agriculture biologique avait très fortement crû depuis la fin des années 1990 et que cet investissement se traduit aujourd’hui par un volume de publications scientifiques qui place l’Inra parmi les premiers organismes au niveau mondial sur ce sujet.

Amorce d’une réflexion élargie sur l’agriculture biologique

La deuxième partie de la réunion fut consacrée à l’après rapport. La piste de la réflexion collective sur les questions que pose l’agriculture biologique a été privilégiée. Les participants ont évoqué plusieurs questions possibles à ce stade :

  • Comment lutter contre la tendance à la séparation entre productions animales et végétales qui, d’ores et déjà et encore plus si elle se prolonge, pose des problèmes de fertilité des sols ? Quel déploiement territorial de l’AB et des autres systèmes de production ?
     
  • Si on considère que la pertinence de l’AB est avant tout liée à ses performances écologique et sanitaire, comment mieux prendre en compte ces performances dans l’évaluation de sa compétitivité ?
     
  • Dans le domaine de l’innovation variétale, comment prendre en compte le fait que les efforts de recherche et d’investissement ont essentiellement été dirigés, depuis 50 ans, vers l’agriculture conventionnelle ? Comment peut-on évaluer le retard qui est lié à la faiblesse du pool de recherches passées ?
     
  • En matière de politique publique, comment l’AB peut-elle être positionnée par rapport au programme agro-écologique du Ministère en charge de l’agriculture ?
     
  • En matière d’organisation de la recherche, comment développer les recherches relatives à l’AB, par des programmes dédiés ou par l’insertion de ces recherches dans des programmes plus larges visant la réduction de l’usage des intrants de synthèse (pesticides, antibiotiques, engrais…) ? Ces programmes ne favorisent-ils pas un double effet de fertilisation croisée au bénéfice de l’agriculture biologique et des agricultures conventionnelles ?

Les questions soulevées par le débat

Jean Pisani-Ferry a relevé plusieurs questions à partir des échanges effectués :

  • En matière de recherche :

- Quels sont les critères d’appréciation de la productivité et de la compétitivité de l’AB ? Lesquels retenir ? Et, comment les traduit-on en indicateurs opérationnels afin d’évaluer la productivité et la compétitivité ?

- Comment sortir du statique et tenir compte des aspects dynamiques ? Lorsqu’on hérite d’une situation dans laquelle l’effort de recherche s’est porté sur certaines technologies et pas sur d’autres, inévitablement certaines technologies sont en retard par rapport à d’autres. Comment alors connaître le potentiel de l’AB en supposant qu’un effort de recherche, l’accumulation d’expérience créent un potentiel de rattrapage ? C’est une question qui se pose également dans d’autres domaines (ex : dans le secteur de l’énergie).

  • En matière de politiques publiques :

- Sur les données : Comment compléter les systèmes d’information sur les données et améliorer leur qualité ?

- Sur le cahier des charges de l’AB : Est-ce qu’il faut relâcher le cahier des charges ? Est-ce que gagner en productivité proprement mesurée signifie accepter des compromis avec le cahier des charges existant ?

- Au-delà des coûts et des rendements, l’AB induit-elle d’autres créations ou préservations de valeurs justifiant une intervention publique?

- Sur l’arbitrage entre AB et agro-écologie : Faut-il généraliser l’AB en assouplissant son cahier des charges ou alors conserver une spécificité très forte ?

Trois hypothèses pour la suite

Dans sa conclusion, Bertrand Hervieu a repris trois hypothèses non exclusives, évoquées par François Houllier en introduction ou issues de l’échange, pour prolonger la réflexion :

  • Une ESCO : cette piste n'a pas fait complètement consensus. Une ESCO nécessite un commanditaire, des moyens, une question, un corpus de connaissances, un calendrier et du temps (de 2 à 3 années, y compris l’explicitation de la question posée). Elle demande du travail en amont mais cette hypothèse était sur la table ;
     
  • Un cycle de séminaires ouvrant sur un programme de recherche : il s’agit ici d’un travail scientifique autour de l’agriculture biologique et d’un processus pour construire les questions posées à la recherche ;
     
  • Un colloque ouvert à l’ensemble des organismes de recherche français et étrangers : cette solution signifierait que l’on ait quelque chose de nouveau à se dire.

Pour lui, le plus profitable serait d’avancer sur les questions de recherche. Obtenir des données de meilleure qualité ne sera possible que lorsque l’objet de recherche sera construit et que l’on saura ce que l’on cherche. C’est un sujet à la fois scientifique, car on fait bouger les lignes et les paradigmes, et c’est aussi un objet politique parce qu’il est sur l’agenda des politiques publiques au niveau européen (PAC) comme français (projet agro-écologique). Il a souligné que nous sommes en face d’un grand chantier. Le Ministère de l’agriculture souhaite progresser là-dessus. Il faut donc savoir comment on s’y prend pour avancer autour de ces questions et mobiliser les institutions et les chercheurs qui s’y intéressent et qui partagent une question de recherche.

Conclusions

Le mode d’accession en ligne du rapport de l'étude sur le site web de l'Inra a été construit de telle sorte que la controverse qu’il a suscitée ne puisse être ignorée du lecteur.

Bertrand Hervieu a proposé de se donner le temps de la réflexion pour définir la suite concrète de cette controverse. Dans cet esprit, plusieurs rendez-vous vont être programmés :

  • Le 15 avril 2014, l’Inra et le CGSP ont organisé une réunion d’une demi-journée présidée par Bertrand Hervieu. Elle était ouverte à l’ensemble des parties prenantes et a permis d’échanger sur les conclusions du rapport, la question posée par le CGSP et le processus de réflexion collective en cours ;
     
  • En mai-juin 2014 : un premier séminaire programmatique étoait rganisé avec l’ensemble des organismes et chercheurs intéressés par la démarche. Il aurait pour but de définir le dispositif à mettre en œuvre pour conduire une réflexion collective sur l’AB.

Premiers échanges autour de l'étude

Décembre 2013 : La note argumentée des 63 chercheurs qui critiquent l'étude

Par un courrier en date du 20 décembre 2013 (A télécharger ici demande retrait du rapport CGSP ), 63 chercheurs de différents horizons ont souhaité interpeller le PDG de l’Inra sur des points de méthodologie relatifs à l’analyse des performances de l’agriculture biologique, qu’il s’agisse de la revue de littérature ou des approches empiriques d’une part ; sur la structuration de l’enquête menée par les auteurs du rapport auprès des professionnels de l’AB d’autre part. Les critiques formulées les amènent à en demander le retrait.

Février 2014 : la réponse des auteurs de l'étude

L’ensemble des critiques émises ont fait l’objet de réponses détaillées (A consulter CGSP INRA - POINT par POINT ) et de propositions de rencontres pour confronter les visions sur ce dossier. 

Mars 2014 : la réponse des 141 signataires

En préparation de la réunion du 20 mars au CGSP, le courrier en réponse à la réponse (A télécharger ici Réponse des 141 signataires  ) des auteurs de l’étude Inra sur l’AB adressée le 18 février 2014.

Avril 2014 : les précisions des auteurs de l'étude 

Les auteurs précisent plusieurs points et recentrent leur propos sur quelques observations générales pour rappeler dans un courrier daté du 14 avril (A consulter ici Etude CGSP AB - 2ème réponse Inra - 14 avril ) les objectifs et le cadre de leur travail.

Un agriculteur produisant en agriculture biologique a préparé quelques-uns de ses produit pour une vente directe à a la ferme (Drôme). © Inra, MEURET Michel

Programme de recherche AgriBio 4

L'Inra poursuit son investissement pour des recherches dédiées à l'agriculture biologique. Le Comité interne en agriculture biologique (CIAB) a lancé le 16 mai 2014 un nouvel appel à manifestation d'intérêt destiné aux chercheurs de l'Inra. Plus d'information

À la suite de cet appel, 11 projets de recherche ont été sélectionnés, leurs travaux ont démarré à l'automne 2015 : liste et présentation des projets

L'inra et l'agriculture biologique - 12 pages, couverture. © inra, SLAGMULDER Christian

A propos de

L'Inra et l'agriculture biologique

Le XXIe siècle devra relever le défi de la sécurité alimentaire d’un monde en croissance démographique dans un contexte de rareté des ressources. À cette fin, il sera nécessaire, entre autres conditions, de concevoir de nouveaux systèmes agricoles qui allient performances économiques, sociales et environnementales. Ces systèmes seront diversifiés, adaptés aux conditions locales ; ils répondront aux demandes, elles aussi diverses, des consommateurs. Parmi ces systèmes, l’agriculture biologique, ou AB, tient une place particulière.

Télécharger le document de 12 pages : L Inra et l agriculture biologique - 12 pages  

Plateforme de recherche en production biologique ovine.. © Inra, MAITRE Christophe

Résultats de recherches

Agneau, vache, poulet, pomme, blé, riz… Les recherches en agriculture biologique, débutées dès les années 80 à l’Inra couvrent de nombreuses filières.
Focus sur quelques recherches représentatives.

Dossier du canal d'information Grand public

Le colloque DinABio, co-organisé par l’Inra et l’Itab, a été l’occasion de présenter et de mettre en débat les connaissances acquises dans les projets récents dédiés à l’agriculture biologique, au premier rang desquels se trouvent ceux du programme AgriBio3 de l’Inra (troisième cycle - 2009-2013 - du programme Inra consacré à l’agriculture biologique) et ceux des projets portés par l’Itab ou ses partenaires.

Vidéos et actes du colloque