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Rôles, impacts et services issus des élevages européens

À la demande des ministères en charge de l’Écologie et de l’Agriculture, et de l’Ademe, l’Inra a conduit une expertise scientifique collective sur les systèmes d’élevage européens et leurs produits. Leurs rôles,  leurs impacts économiques, sociaux et environnementaux, ainsi que les services  marchands ou non marchands qu’ils rendent à la société ont été analysés sur la base d’un important travail de synthèse bibliographique internationale. Les résultats, qui suggèrent aussi des leviers d’action pour les différents systèmes d’élevage, sont présentés et mis en débat lors d’un colloque le 30 novembre 2016 à Paris, avec plus de 200 participants.

Élevage. © Inra, DELABY Luc
Par Nicole Ladet
Mis à jour le 13/09/2017
Publié le 30/11/2016

Dix années après la publication du rapport de la FAO Livestock’s long shadow*, qui fait jusqu’ici référence et cadre encore aujourd’hui les débats sur l’élevage, quels sont les apports de connaissances et les résultats de recherche qui complètent ou confirment ce point de vue mondial ? Quelles conclusions en tirer pour le cas spécifique de l’élevage en Europe ?  L’élevage fait en effet l’objet de débats sociétaux importants et est étudié par les scientifiques : le rapport FAO pointait ses impacts sur l’environnement, en particulier sa contribution pour 18 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), ré-évaluée depuis à 14,5 %. La part des produits animaux dans l’alimentation y est discutée en raison de la croissance de la demande mondiale et de la concurrence entre cultures destinées à l’alimentation humaine et celles consacrées à l’alimentation animale. Les recommandations nutritionnelles face aux maladies chroniques et les arguments des défenseurs de la cause animale alimentent aussi les questionnements. Mais, les débats sont le plus souvent parcellisés et aucune étude n’avait, à ce jour, analysé simultanément l’ensemble des dimensions mises en jeu par l’élevage. L’expertise scientifique collective menée par l’Inra s’attache à explorer le corpus des connaissances récentes pour appréhender les élevages européens globalement, avec ses différents rôles, impacts, services et leurs interactions. L’intention est d’objectiver les débats et d’éviter les biais heuristiques ou méthodologiques. Ainsi, par exemple, les émissions de gaz à effet de serre (GES) rapportées au kg produit ou à l’hectare ne donnent pas à voir le même point de vue et ne débouchent pas sur les mêmes résultats et sur la même hiérarchie des systèmes d’élevage, le premier indicateur étant plus favorable aux territoires à forte densité de production animale, le second aux territoires plus fortement herbagers.

Une approche par « bouquets de services »

Bouquet de service caractérisant un système herbager. © Inra
Bouquet de service caractérisant un système herbager © Inra
Pour rendre compte de l’ensemble des effets de l’élevage, l’expertise scientifique collective considère simultanément les marchés, l’emploi et le travail en élevage, la consommation d’intrants, l’environnement et le climat, les enjeux sociaux et culturels… L’analyse de chacune de ces dimensions et de leurs composantes permet de dresser un premier état des lieux [voir encadré 2]. L’originalité de l’exercice est de proposer ensuite une analyse plus globale des services, en s’appuyant sur une analyse en « bouquets de services » [voir schéma] et sur la variabilité de ces bouquets de services selon les caractéristiques-clés des territoires dans lesquels s’inscrit l’élevage.  Cette approche met en relief des antagonismes entre certains services – souvent entre dimension économique et environnementale, par exemple - et met l’accent sur la nécessité de raisonner en compromis. L’analyse des bouquets de service sert quelquefois de base à des approches par scénarios explorant les effets pour l’environnement, d’une réduction de la consommation de produits animaux, associée à des pratiques plus extensives et à un meilleur usage des co-produits dans l’alimentation animale. Tout en montrant l’intérêt d’une telle réduction, ces travaux montrent que la suppression complète de l’élevage ne permet pas d’atteindre les plus hauts niveaux de service environnementaux – sans élevage, les prairies, qui ont un rôle clé pour la biodiversité et la séquestration du carbone dans les sols, tendraient à disparaitre – ce qui souligne l’existence d’un optimum comprenant une part de produits animaux dans la consommation humaine.

Des leviers différents selon les territoires

Cartographie des systèmes d'élevage européens. © Inra
Cartographie des systèmes d'élevage européens © Inra
Ce type d’approche a été appliqué à une typologie territoriale basée sur  trois grands types de territoires [voir carte] et permet d’envisager, pour chacun, différents leviers d’action. Dans les territoires denses en animaux et peu herbagers, concentrant un tiers du cheptel européen et principalement situés au Danemark, Pays-Bas, Nord de l’Allemagne et Ouest de la France, la gestion des pollutions induites par la forte concentration d’animaux et la limitation des intrants sont au cœur des arbitrages locaux. Ces systèmes majoritairement consacrés à la production de produits de qualité standardisée et à coûts optimisés sont très sensibles à la conjecture économique sur laquelle ils n’ont pas de prise. Les leviers d’action, pour les élevages de volailles et porcins, résident à la fois dans l’amélioration de l’efficacité alimentaire, l’aménagement des bâtiments, le niveau de valorisation des animaux, la qualité sanitaire des troupeaux et dans le traitement des effluents. Pour les ruminants, le levier principal est d’accroître, quand cela est possible, le recours au pâturage pour optimiser les rôles biologiques des prairies.

Dans les territoires herbagers, les élevages de ruminants sont majoritaires et sont le plus souvent associés à des produits sous signes de qualité, avec des pollutions réduites et l’absence de concurrence de l’utilisation du sol avec l’alimentation humaine. La productivité de l’herbe détermine niveaux de production et importance de la différenciation des produits. Il faut rechercher le compromis permettant de préserver les bonnes performances environnementales sans pénaliser le potentiel de production en jouant sur la conduite des prairies, l’organisation des paysages et des filières pour la valorisation des produits, articulées aux gouvernances sectorielles et territoriales.

Dans les territoires où cohabitent cultures et élevages, avec des dynamiques très variées, les leviers d’action visent à combiner les bénéfices de l’association sur un même territoire des cultures et de l’élevage. Du fait de la forte concurrence, dans ces territoires, entre élevage et développement des cultures, les leviers s’organisent autour du maintien de l’élevage avec : diversification des rotations, développement de l’autonomie alimentaire des élevages, introduction de ruminants ou volailles dans les vergers, vignes ou rizières...

À ce stade de l’analyse, l’expertise pointe différents besoins de recherche : affiner les plus-values identifiées pour les différents services pour mieux intégrer l’ensemble des services rendus dans l’analyse par bouquets. Rendre ensuite les bouquets de service plus faciles à appréhender par les décideurs publics et l’ensemble des parties prenantes qui pourraient alors mieux s’en saisir. Enfin, affiner l’analyse des effets de la réduction de la consommation en produits animaux. Ce dernier point requiert de mieux intégrer les comportements alimentaires, la qualité des produits, la nutrition, les impacts santé et le fonctionnement des filières.

* Livestock long shadow – L’ombre portée de l’élevage, FAO – Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, paru en 2006.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Bertrand Dumont UMRH, Clermont-Ferrand
  • Pierre Dupraz UMR Smart-Lereco, Rennes
Délégation à l'Expertise, à la Prospective et aux Études :
Catherine Donnars

À télécharger

Les documents de l’expertise

Rapport de l'expertise

   

COMMUNIQUE DE PRESSE >

Quelques chiffres

L'élevage européen

L’expertise scientifique collective considère simultanément : marchés, emploi et travail en élevage,  consommation d’intrants, environnement et climat, enjeux sociaux et culturels… L’analyse de chaque dimension, réalisée tout d’abord, permet de dresser un premier état des lieux dont voici quelques éléments. Un tableau plus complet et plus nuancé est disponible dans la synthèse et une analyse détaillée point par point est insérée dans le rapport.

  • la consommation de produits laitiers, carnés et à base d’œufs pourvoit à 60 % des protéines apportées dans les repas en Europe et est stable depuis quelques années.
  • 600 appellations d’origine (AOP ou IGP) en 2015, la croissance de ce nombre témoigne de la richesse du patrimoine alimentaire lié aux produits animaux, notamment les fromages.
  • les élevages européens représentent 45 % de la production agricole finale en valeur.
  • ils utilisent 60 % de la SAU européenne, dont 74 millions d’hectares de surfaces toujours en herbe. L’évaluation de l’empreinte territoriale totale, incluant les surfaces support des produits importés destinés à l’alimentation animale, est un enjeu fort mais qui est loin de faire consensus.
  • ils emploient 4 millions d’actifs, dont 15 % de salariés. S’ajoute 1 million de salariés employés dans les industries et filières animales.
  • le bien-être animal a été introduit dans le droit européen en 1990.
  • 75 % de maladies infectieuses humaines sont d’origine zoonotiques.
  • les élevages sont une source importante de polluants pour l’air, l’eau et le sol mais favorisent la fertilité des sols et la biodiversité grâce aux rôles des prairies permanentes.

L’expertise

Conduite par l’Inra, cette expertise a mobilisé 27 experts rattachés à l’Inra, à d’autres institutions de recherche françaises ou étrangères, aux écoles supérieures d’agronomie et aux universités. Le corpus étudié est d’environ 2 500 références bibliographiques.