• Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte
  • Imprimer

Contribution à la lutte contre l'effet de serre : stocker du carbone dans les sols agricoles de France ?

Rapport d'expertise réalisé par l'Inra à la demande du ministère de l'Écologie et du Développement durable dans le cadre d'une expertise scientifique collective achevée en octobre 2002.

Expertise - Stocker du  CARBONE  dans les sols agricoles de France. © inra, Daoud Abnane
Mis à jour le 03/06/2013
Publié le 07/10/2002
Mots-clés :

Avant-propos

Au sommet de Johannesburg, les déclarations de certains états permettent d'espérer une entrée en vigueur du protocole de Kyoto en 2003. Réduire les émissions s'avère évidemment la politique la plus durable pour lutter contre l'accumulation atmosphérique de gaz à effet de serre (GES) due aux activités humaines, qui est considérée de plus en plus unanimement comme responsable du changement climatique en cours et futur. Mais dans le cas du CO2 , des alternatives possibles consistent à accroître le rôle de puits temporaire que joue le stockage du carbone dans la biomasse, ses produits dérivés, et ses résidus dont la majeure partie alimente le pool des matières organiques du sol. Le stockage dans la biomasse forestière (article 3.3 du Protocole) a déjà fait l'objet d'accords internationaux avec des contingents stricts attribués aux différents pays. Favoriser l'accumulation à plus ou moins long terme des matières organiques dans les sols au travers de changements d'occupation des sols et de pratiques agricoles ou sylvicoles est une autre option (article 3.4) qui a été admise parmi les modalités d'application du protocole de Kyoto. Pour cette option, il n'existe aucune limitation de quantité stockée ou de surface concernée, mais les modalités de vérification n'ont pas été encore définies.
Les sols mondiaux contiennent de l'ordre de 1 500 milliards de tonnes de carbone organique. Une augmentation, même minime en valeur relative, de ce stock, pourrait donc jouer un rôle significatif dans la limitation du flux net de GES vers l'atmosphère. Des changements dans l'usage des sols et dans les pratiques de production végétale peuvent y contribuer, en particulier en accroissant la durée de stockage du carbone organique dans les sols. Très variable, celle-ci dépend de la vitesse du processus de minéralisation par lequel le carbone organique est finalement restitué à l'atmosphère sous forme de CO2 . Il est donc important de connaître le potentiel offert par ce puits, selon les sols, leurs usages et les pratiques associées. Pour l'application du Protocole de Kyoto, il est par ailleurs nécessaire de savoir comment et avec quelle précision ce puits pourrait être comptabilisé et quelle politique d'incitation pourrait induire un stockage additionnel.

La démarche du ministère de l'Écologie et du Développement durable (MEDD)

Ces enjeux ne sont pas négligeables pour la France dans le contexte européen, compte tenu de l'extension de son territoire et de sa surface agricole. C'est pourquoi le ministère chargé de l'Environnement a formulé une demande d'expertise auprès de l'Inra. Elle concerne les capacités d'accumulation de carbone organique dans les sols agricoles et leurs dynamiques temporelles.
Cette expertise s'inscrit dans une stratégie de gestion des sols au niveau du territoire qui implique, dans un groupement d'intérêt scientifique, les principaux acteurs concernés (MEDD, ministère chargé de l'agriculture, Institut Français de l'Environnement, Inra), et la mise en oeuvre d'un réseau de surveillance de la qualité des sols. Au niveau européen, cette réflexion rejoint les recommandations de la toute récente communication sur la protection des sols (dégradation, appauvrissement en matière organique...).
Les principales questions à traiter ont été formulées par le comité de pilotage de l'expertise, rassemblant les représentants des principaux acteurs publics intéressés et de l'Inra, sous la présidence de la direction des Études économiques et de l'évaluation environnementale du MEDD. Elles sont les suivantes :

  • Peut-on, en France, par des actions visant spécifiquement à augmenter l'accumulation du carbone organique dans les sols, contribuer à réduire l'effet de serre ? La réponse à cette question intéresse directement la Mission Interministérielle de l'Effet de serre, et plus généralement la France, pour la prise en compte de l'agriculture dans le plan national de lutte contre l'effet de serre qui actuellement affiche un solde fortement négatif (émissions de N2O et CH4 ).
  • Comment de telles actions pourraient-elles satisfaire aux conditions d'observance du protocole de Kyoto ? Il s'agit ici de proposer des solutions qui soient applicables au niveau technique et viables au plan économique.
  • Quels outils de politique économique seraient efficaces pour promouvoir les changements souhaitables ? Pour cela, une intégration est à prévoir dans le dispositif de la PAC.
  • Quels sont les besoins en recherches et en références ? Il s'agit de compléter les résultats des recherches en cours, notamment à l'Inra ou au CNRS, et les recommandations issus de programmes pilotés par le MEDD sur la gestion durable des sols et les impacts du changement climatique.

La conduite du travail par l'Inra

L'expertise a été réalisée par un collectif d'experts, constitué de chercheurs spécialisés en sciences du sol, agronomie, bioclimatologie et économie publique appliquée à l'agriculture, de l'Inra et d'autres établissements, français et étrangers. La maîtrise d'oeuvre du projet a été confiée par l'Inra à sa direction scientifique Environnement, Forêt et Agriculture et à son unité Expertise scientifique collective. Elles ont assuré la conformité de la réalisation aux principes méthodologiques des expertises collectives et à la demande des commanditaires. En l'occurrence, on peut constater qu'une expertise collective, rassemblant des chercheurs de différents horizons, était nécessaire pour aborder une série de questions scientifiques complexes qui effectivement prêtaient à controverse. Cette expertise collective, en réalisant un état des lieux, sans omettre les divergences et les incertitudes, sera une aide précieuse à la prise de décision.
La présente "synthèse", destinée notamment aux décideurs, a été rédigée par l'unité Expertise de l'Inra et validée par les experts. Elle constitue un résumé détaillé du rapport, aux chapitres duquel nous renvoyons les lecteurs soucieux d'accéder aux connaissances qui en fondent le contenu. Comme telle, nous souhaitons qu'elle permette à tous ceux qu'intéresse ce débat d'importance pour l'avenir de la planète, de disposer des éléments nécessaires à leur réflexion sur les initiatives nationales et européennes.

Dominique Bureau
Directeur des études économiques et de l'évaluation environnementale du ministère de l'Écologie et du Développement durable
Marion Guillou
Directrice générale de
l'Institut national de la recherche agronomique

Les documents résultant de l'expertise

 © Import
© Import