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Déploiement de cépages de vigne résistants au mildiou et à l’oïdium : position institutionnelle de l’Inra

L’Inra s’est engagé dans un processus de déploiement qui permette de préserver dans le temps la résistance des cépages aux maladies foliaires, mildiou et oïdium. L'enjeu est capital pour cette culture pérenne car ceci offre un levier majeur pour réduire l’usage de produits phytopharmaceutiques. « Cette position repose sur un principe de responsabilité : tout gène de résistance à un champignon parasite peut être, à terme, contourné et les capacités de résistance sont alors irrémédiablement perdues pour les cépages qui l’utilisent. Toute notre stratégie a pour objectif d’utiliser durablement les différentes sources de résistance au service de la viticulture française » explique Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture.

Vignoble. © Inra
Mis à jour le 29/05/2017
Publié le 23/01/2017

L’Inra s’engage à la fois :

  • dans un pré-déploiement de variétés résistantes nouvelles, de raisin ou de cuve, issues de ses travaux, en partenariat étroit avec la profession viti-vinicole, dans le cadre d’un observatoire où seront également étudiées des variétés résistantes créées et diffusées dans d’autres pays européens ;
  • et, dans l’accélération de la création variétale, avec, outre la résistance aux bioagresseurs, une préoccupation constante pour la qualité des vins et autres produits de la vigne.

Les gènes de résistance doivent être considérés comme un bien public

Lorsqu’une résistance vis-à-vis d’un pathogène est gouvernée par un seul gène (monogénique), elle présente plus de risques d’être contournée par le parasite que lorsqu’elle est gouvernée par plusieurs gènes. C’est pourquoi les variétés associant plusieurs gènes de résistance (polygéniques) sont à privilégier. En outre, les capacités de résistance d’une variété risquent d’être contournées plus rapidement si l’implantation d’une même variété est importante au sein d’un même territoire, avec un même mode de conduite.
Peu de sources de résistance sont connues chez la vigne et les espèces apparentées. Les gènes de résistance doivent être considérés comme un bien public qu’il convient d’utiliser tout en en préservant l’efficacité.

La stratégie mise en œuvre par l’Inra comprend quatre composantes.

1/ Le matériel génétique créé par l’Inra comprend à la fois des variétés monogéniques, présentant un gène majeur contre l’oïdium et un contre le mildiou, et des variétés polygéniques, où de nouveaux gènes ont été adossés à la génération précédente.
En 2017, trois variétés Inra dites « Bouquet » (du nom de leur sélectionneur), portant une résistance au mildiou et à l’oïdium monogénique, et destinées à la production de jus de raisin, sont en cours d’inscription au catalogue. Sept cépages de cuve « Bouquet », monogéniques, sont également en début de parcours d’inscription au Catalogue Officiel français. 25 variétés Inra dites « Resdur » de raisin de cuve, issues de travaux plus récents pour étayer la résistance des « Bouquet » par d’autres sources pour les deux maladies sont aujourd’hui en cours d’étude pour l’inscription au catalogue. Parmi elles, quatre « Resdur 1 » pourront être inscrites d’ici la fin de l’année 2017 pour permettre sur une première commercialisation auprès des viticulteurs à partir de 2018. La 2e génération, « Resdur 2 », présente en outre l’avantage de résister aux maladies fongiques secondaires telles que le black-rot. Le programme Inra « Resdur » en est à la 3e génération de nouvelles variétés, ces dernières combinant encore plus de sources de résistances.
L’élargissement de la diversité génétique permet d’apporter des réponses aux différentes conditions de production et aux attentes en matière de qualité des produits de la vigne. Pendant la période d’étude en vue de l’inscription, les variétés font l’objet d’un classement temporaire qui permet de les cultiver et de les expérimenter sur des surfaces limitées et d’en commercialiser les produits. Une fois inscrites, le classement définitif sera demandé.

La création variétale sera poursuivie en collaboration avec l’IFV et en relation avec les interprofessions. La création de variétés résistantes au sein des cépages majeurs constitue à ce jour un enjeu fort pour les années à venir.
  

2. Au cours de ces étapes de recherche, des marqueurs des gènes de résistance ont été développés. Ils vont permettre d’accélérer les processus de sélection et notamment de transférer plus rapidement par croisement les gènes de résistance dans les cépages emblématiques de nos vignobles et ceci dans le cadre de relations avec les organisations professionnelles. Ces marqueurs peuvent également permettre à chaque viticulteur de connaître le ou les gènes de résistance portés par une variété qu’il souhaiterait implanter dans son vignoble.

3. Le déploiement constitue une phase essentielle pour la réussite à long terme de la stratégie nationale qui met en avant le levier génétique. Profitant de la période d’étude pour l’inscription au catalogue, un observatoire est mis en place, où  les variétés résistantes sont en petites parcelles chez les viticulteurs et font l’objet d’une analyse détaillée : suivi des pratiques de conduite du vignoble, état de la végétation, production et qualité des produits de la vigne, analyse par marqueurs moléculaires des populations de pathogènes pour vérifier qu’elles ne surmontent pas la résistance génétique. Cet observatoire national, Oscar, sur la durabilité des résistances, est mis en œuvre au niveau national et associe dans les régions les interprofessions viticoles. Il est complété par des travaux de modélisation qui vont permettre de tester l’efficacité de différentes stratégies de déploiement (par exemple des mosaïques combinant différentes variétés, mono et polygéniques).

4. L’Institut Français de la Vigne et du Vin est partenaire de l’Inra sur de nombreux sujets relatifs à la vigne et au vin, en particulier au travers de différentes UMT (Unités Mixtes Technologiques). L’IFV a une responsabilité majeure dans la sélection conservatrice qui permet de maintenir et diffuser les nouvelles variétés inscrites en assurant leur identité et en veillant à la qualité sanitaire des plants. Une marque internationale, ENTAV-INRA, a été créée pour valoriser et diffuser les sélections françaises au niveau national et international.

Les essais de vinification des variétés « Bouquet » et « Resdur » débouchent sur des vins aux qualités organoleptiques intéressantes et prometteuses.

Position institutionnelle

Déploiement de cépages de vigne résistants aux maladies

•    Synthèse de la position
•    Résistance aux maladies et gestion durable des résistances
•    Gènes de résistance au mildiou et à l’oïdium de la vigne au sein des vignes cultivées (Vitis) et des genres apparentés
•    Création française de matériels génétiques améliorés pour la résistance au mildiou et à l’oïdium
•    Paysage des variétés européennes : quels gènes et quel déploiement ?
•    Observatoire national des cépages résistants (Oscar)
•    L’unité mixte technologique Géno-Vigne
•    Marque Entav-Inra
•    Sélection conservatrice et problématique sanitaire chez la vigne
•    Cadre réglementaire relatif à l’inscription et au classement de variétés de vigne de cuve.

Lire le communiqué de presse >

Un partenariat avec la profession viticole

L’Inra a développé plusieurs variétés de vigne résistantes au mildiou et à l’oïdium, dont les premières seront inscrites au catalogue et classées définitivement à partir de la campagne 2018. Le Conseil Interprofessionnel des AOC du Languedoc et des IGP Sud de France (CIVL) et l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO) ont signé à Brens le jeudi 18 mai 2017 avec l’Inra et l’IFV des engagements pour contribuer au déploiement de ces variétés grâce à des plantations par des viticulteurs adhérents. L’objectif : étudier en grandeur réelle le comportement des variétés et la durabilité de ces résistances génétiques au travers d’une recherche résolument participative, qui préfigure le déploiement de modèles de viticulture durable de demain.

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En savoir plus

Au cœur des résistances

Le mildiou et l’oïdium sont deux champignons parasites de la vigne qui génèrent à eux seuls 80 % des traitements phytosanitaires en vignoble. La vigne concentre ainsi 20 % de l’utilisation des pesticides (en tonnage) sur 3 % des surfaces agricoles. Les alternatives à leur utilisation sont donc un enjeu majeur dans lequel l’Inra est très engagé, notamment avec les cépages résistants. Un dossier fait le point sur la problématique des variétés résistantes en décryptant les recherches Inra dans ce domaine qui allient généticiens, phytopathologistes, œnologues et sociologues.

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