François Tanguy-Prigent, Ministre de l'Agriculture qui a signé la loi de création de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), le 18 mai 1946. © Inra

Aux sources de l’Inra

Alors que l’homme cultive la terre depuis la nuit des temps, l’agronomie se révèle être une science relativement jeune. Retour sur deux siècles charnières qui ont abouti en France en 1946 à la création de l’institut national de la recherche agronomique (Inra), par la loi du 18 mai.

Par Eric Connehaye
Mis à jour le 12/08/2016
Publié le 23/02/2016
Mots-clés : HISTOIRE - INRA - 70 ans

Avant le XVIIIe siècle, l’agriculture apparaît surtout comme un art fondé  sur une tradition millénaire. Puis le progrès va intervenir, sur fond d’alphabétisation et d’intégration des campagnes. Les champs deviennent propices à de multiples expérimentations : étude des maladies des cultures, des semences et de la conservation des blés, mise au point de nouveaux matériels agricoles (semoir, charrue). Dès les années 1750, les propositions techniques des « savants en agriculture » sont appliquées par les cultivateurs voisins de ces lieux d’essais. En 1757, une première société d’agriculture et d’économie s’organise à Rennes. Des groupes similaires vont se former dans toute l’Europe et commenceront à échanger connaissances et semences. Le germe de l’agronomie se développe progressivement.

Von Liebig, la nouvelle ère

À la suite de la création du ministère de l’Agriculture (1839), l’institutionnalisation s’accélère. Le XIXe siècle voit la mise en place en France d’un enseignement agricole pris en charge par l’État : les fermes-écoles dans chaque département (apprentissage de base et champs d’essai), les écoles régionales (second degré de l’enseignement agricole) et l’Institut national agronomique de Versailles en haut de la pyramide.
Côté sciences, c’est la révolution. Justus von Liebig (1803-1873) démontre en 1840 que la plante puise dans le sol la totalité des éléments nécessaires à sa croissance. La théorie de l’alimentation minérale des végétaux est née. En attestant que les engrais peuvent restituer au sol les éléments minéraux puisés par les végétaux, l’agronome allemand va faire passer l’agriculture dans une nouvelle ère.

Des stations agricoles à l’IRA

Station Agronomique de Colmar Halle. avril-mai 1929 Marqueur pour essai cmoparatif PdT plaque verre 9x12 cm. © Inra
Station Agronomique de Colmar Halle. avril-mai 1929 Marqueur pour essai cmoparatif PdT plaque verre 9x12 cm © Inra
Les premiers laboratoires  destinés à l’agriculture ont été constitués à la fin du XIXe siècle, avec pour mission de limiter les fraudes sur la qualité des engrais. Louis Pasteur s’illustrera d’ailleurs au premier congrès des directeurs de stations agronomiques organisé à Versailles. Au début du XXe siècle, 82 stations agronomiques travaillent sur la nature des sols avant de réfléchir, avec quelques pionniers, à l’amélioration du bétail.
En 1921, l’Institut de recherches agronomiques (IRA) est créé en écho à la formule du président Raymond Poincaré « L’épi sauvera le franc ». Laboratoires et stations agronomiques sont immédiatement placés sous la tutelle de l’institut. L’organisation de l’IRA se structure autour de ses disciplines scientifiques : agronomie, pathologie végétale, zoologie agricole, amélioration des plantes, bioclimatologie et phytopharmacie. Les recherches zootechniques et vétérinaires n’entrent cependant pas dans les attributions de l’institut. Après la crise de 1929, l’IRA est pourtant supprimé et ses activités sont transférées en 1934 directement au ministère de l’Agriculture.

1946, la révolution technique

François Tanguy-Prigent, Ministre de l'Agriculture qui a signé la loi de création de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), le 18 mai 1946. © Inra
François Tanguy-Prigent, Ministre de l'Agriculture qui a signé la loi de création de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), le 18 mai 1946 © Inra
En 1944, René Dumont, dans « Le problème agricole français » appelle de ses vœux à la restructuration et à la réorganisation d’une recherche agronomique jusque-là concentrée dans le cadre des services de Recherche et d’expérimentation du ministère dont trois centres illustrent le développement : Versailles, Clermont-Ferrand et Bordeaux.
Cinq députés présentent finalement, en février 1946, une proposition de loi portant organisation de la recherche agronomique et création d’un « institut national de la recherche agronomique ».  La loi du 18 mai est ainsi promulguée au Journal Officiel du 19 mai 1946. Le journal Le Monde parlera à cette époque, d’un fait « d’une immense portée politique pour une agriculture à la croisée des chemins qui doit accomplir une véritable révolution technique si elle veut se mettre au niveau des agricultures étrangères, danoises, hollandaises et américaines. »
L'Inra est donc créé au sortir de la guerre pour « nourrir la France » en situation de pénurie alimentaire. 70 ans plus tard, dans un contexte mondialisé autour du changement climatique, de la biodiversité, de la santé animale, végétale et des biotechnologies, l’objectif est désormais clairement affiché : il faut « nourrir le monde ».