La Vedette, une reproductrice innovante à la reconquête du marché des poulets de chair

En 1968, l'Inra lance la Vedette, une poule très originale : naine, elle a un coût d'élevage réduit, et excellente reproductrice, elle produit des poulets normaux une fois fécondée par des coqs de taille normale… une histoire qui se confond à celle de la reconquête, par les poules de sélection française, du marché de poulets de chairs longuement dominé par les États-Unis.

Poule Vedette INRA.. © Inra, INRA
Mis à jour le 22/02/2016
Publié le 18/05/2006

1930-1960 : l'avance américaine, le retard français en sélection avicole

Dès 1930, les États-Unis produisent les premiers croisements commerciaux de volailles, le choix de la race Cornish permet d’obtenir en croisement des animaux qui allient vitesse de croissance et conformation. Ils conquièrent le marché européen et envahissent le marché français dans les années 50. Ils ouvrent la voie à la sélection spécialisée du poulet de chair et condamnent à terme les races mixtes. La sélection avicole française se constitue avec la création de la Station de recherches avicoles de l'Inra à Jouy-en-Josas en 1951, celle du Syndicat des sélectionneurs agréés en 1952 et, en 1956, l'orientation des travaux de la station avicole du Magneraud vers la sélection. Leurs recherches progressent en abandonnant la notion d'individu "champion" pour celle de souche jugée sur des moyennes de performances quantitatives à l’aide de méthodes statistiques et de la théorie des indices de sélection. À la fin des années 60, le marché de la poule pondeuse en France est occupé pour près d'un tiers par des animaux de sélection nationale mais celui du poulet de chair par 7 % seulement des lignées françaises.

Vedette : la concrétisation des efforts de sélection française et d'une idée géniale

En 1959, à la Station de recherches avicoles de Jouy-en-Josas, 7 poulettes anormalement petites sont repérées et P. Mérat montre rapidement que leur taille est due à une mutation similaire à celle décrite par Hutt en 1949. Ce caractère n'affecte ni la fertilité, ni la viabilité, contrairement à d'autres gènes de nanisme préalablement identifiés. Alors que certaines équipes possédant ce gène envisagent de créer des lignées économiques de poules pondeuses, l'idée géniale de L.P. Cochez en 1960 est d'imaginer son utilisation dans une lignée maternelle de poulets de chair, pour réduire le prix de revient du poussin sans affecter ses performances. Au terme de croisements entre différentes lignées (Inra ou issues d'autres sélections françaises et américaines), deux femelles seront obtenues : la Vedette "lourde" pour les poulets standard, la Vedette "légère" pour les poulets sous signe de qualité (poulet label). Les "Vedette" ont, grâce à leur taille, un faible coût d'élevage (moins d'aliment, moins de place, moins de rejets) et sont destinées à être croisées avec des coqs normaux, ce qui assure la production de poulets commerciaux tous normaux, tant les mâles que les femelles. Le nombre de poussins obtenus par poule est accru de 4 % et leur prix de revient abaissé d'environ 15 %.
Le procédé d'obtention de ces deux poules est protégé auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI), préalablement à leur lancement sous le nom de "Vedette" en 1968… avant les lignées concurrentes développées aux États-unis.

Reconquête du marché français et diffusion à l'international

La Vedette conquiert une place sur le marché français mais ne connaîtra pas immédiatement un développement spectaculaire face aux interrogations des accouveurs sur l'élevage de cette poule si spécifique. Des réponses vont être apportées au cours des 5 années suivantes par la Station de recherches avicoles de l'Inra, alors décentralisée à Tours. Les travaux sur le rationnement alimentaire des Vedette apportent une importante contribution à l'élaboration du guide d'élevage. Au Japon, où la facilité d’élevage de la Vedette en milieu contraint et la qualité des poulets labels sont immédiatement appréciés, son succès est fulgurant : dès octobre 1968, 1500 poules sont expédiées au Japon, suivies par 25 000 autres. Le premier contrat important est signé en novembre 1969 : il prévoit la fourniture sur 5 ans de 850 000 Vedette de type léger ; trois mois plus tard un deuxième contrat est signé, pour la fourniture de Vedette de type lourd, avec une société japonaise qui ne s'approvisionnait jusqu'alors qu'aux États-unis.

En 1976, l'Inra décide de mettre fin à ses activités de sélection avicole commerciale. L'ISA (Institut de sélection animale) est créé avec des capitaux apportés par la profession. Sa stratégie est de réunir la lignée Warren de poules pondeuses de la société Studler, véritable "locomotive financière" majoritaire sur le marché français, et la Vedette Inra, "prouesse technique" insuffisamment diffusée… Pari tenu : en 1985, Vedette ISA a conquis 58 % de part de marché, part qui progressera encore les années suivantes. Elle se développe à l'international : dès 1981, elle est diffusée dans 20 pays et conquiert ensuite tous les continents.