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Quelques figures emblématiques de l'Inra. © Inra, GAVALDA Véronique

Figures de l'Inra

André Cauderon : sélectionneur hors-pair

En poste à l'Inra de Versailles dès la création de l'Institut en 1946, André Cauderon (1922-2009) a joué un rôle clé dans l’introduction des semences hybrides de maïs en France. Il est à l’origine des premiers hybrides précoces « franco-américains », qui ont permis d’augmenter les rendements de 20 % et ont ainsi modifié le paysage agricole français. Au gré de ses différentes fonctions de pilotage scientifique, il a également fortement contribué à la réflexion sur la propriété intellectuelle qui a conduit au développement d’un droit pour les variétés végétales. Retour sur la carrière de celui que l’on considère comme le « Pape du maïs ».

Mis à jour le 29/04/2016

André Cauderon, dont la carrière a été en tout point remarquable, a été directeur de la Station d'Amélioration des Plantes de 1957 à 1968. Sorti de l'INA en 1945, il complète sa formation en génétique à Paris, et intègre le Centre de Recherches agronomiques de Versailles, qui va devenir une des principales stations du jeune Inra créé en 1946.

Le père des variétés hybrides

On confie à André Cauderon la sélection de l'orge (1946), puis du maïs en 1947. Sur les deux espèces, en l'espace d'une dizaine d'années, André Cauderon va faire progresser de façon considérable les niveaux de rendement. En orge, il fait inscrire dès 1960 deux excellentes variétés, l'une en orge d'hiver (Ager), l'autre en orge de printemps (Cérès), qui seront la base des variétés actuelles. En maïs, il sera à l'origine des premiers hybrides français. Dans les deux cas, la démarche d'André Cauderon a été novatrice. En orge, il a fait les premiers croisements entre orge d'hiver et orge de printemps, et ainsi obtenu des variétés originales, plus résistantes à la verse que celles existantes. En maïs, il a exploré la variabilité génétique existant en France dans des populations de maïs et en quelques années a produit un millier de lignées, bien adaptées à nos conditions. Disposant d'hybrides américains, plus productifs que les populations françaises mais trop tardifs, il a confronté les deux groupes génétiques afin d'exploiter au maximum le phénomène d'hétérosis (vigueur hybride). Pour cela il a conceptualisé l'approche de « sélection récurrente réciproque », utilisant des « testeurs », où les éléments de chacun des groupes (européen et américain) sont sélectionnés en fonction de leur valeur en combinaison avec l'autre groupe. Cette méthode lui a permis de « sortir » dès 1957 des hybrides très supérieurs aux hybrides américains. Les 4 premiers hybrides Inra représentaient encore en 1972 plus de 90 % de la sole maïs française. Grâce à ces progrès, si l'on compare les périodes 1945-1950 et 1970-1975, la productivité à l'hectare des 2 céréales, orge et maïs, a été multipliée par 2,5 et 5 respectivement, les surfaces de culture par 3 et 6, les productions globales par des facteurs 7 et 30 (de 13 à 97 Millions de quintaux pour l'orge, et de 3 à 85 millions de quintaux pour le maïs) ! On peut estimer que la progression économique correspondant à ces gains de production entre 1950 et 1970 fut de l'ordre de 2 milliards d'Euros/an en données actualisées.

André Cauderon. © Centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes, INRA
André Cauderon © Centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes, INRA
À Clermont-Ferrand, où il arrive fin 1957 comme directeur de la Station d'Amélioration des Plantes sur le site de Montdésir, il devient aussi administrateur du Centre. Il construit « Crouël » en 1965. Il oriente les recherches sur les principales espèces travaillées à Clermont : le tournesol, où il pousse à la création d'hybrides et donc à la recherche de stérilités mâles ; le blé, où il oriente les recherches vers l'utilisation des gènes de nanisme (obtention de « Courtôt » en 1973) ; en orge et en maïs, où il se préoccupe des teneurs et qualité des protéines ; en triticale, où avec son épouse Yvonne Cauderon, ils produisent des triticales primaires (hybrides blé x seigle) originaux. Ce matériel sera l'un des parents de Clercal (1982), première variété de triticale commerciale européenne.
Dans cette activité, il fut un extraordinaire animateur, actif dans tous les domaines, un précurseur (organisant par exemple des exposés pendant la période hivernale pour tous les personnels), et il était lui-même un conférencier d'une clarté remarquable.
Il a aussi eu un formidable impact sur le développement régional, puisqu'il a orienté l'activité d'une petite coopérative agricole locale, devenue Limagrain, en conseillant ses orientations dès 1963. Il a aussi organisé la mise à disposition de LG de lignées de maïs, ce qui a permis la création de LG11 (le premier hybride de maïs LG) en 1970. Cet hybride a connu un fort développement et a permis à LG de décoller au plan économique.

La sélection variétale au service des besoins alimentaires

André Cauderon a quitté Clermont en 1968, pour devenir inspecteur général (autrement dit directeur scientifique) des secteurs « Milieu et Productions Végétales », jusqu'en 1978. En 1978, il entre à l'Académie d'Agriculture de France (AAF), dont il sera le secrétaire perpétuel de 1983 à 1997, ainsi qu'à l'Académie des Sciences. Il va modifier profondément le fonctionnement de l'AAF, en l'ouvrant sur l'extérieur.
André Cauderon était aussi un bon botaniste et ses domaines d'intérêt étaient vastes. Il ne s'intéressait pas qu'à l'espèce cultivée, mais à de très nombreuses espèces sauvages. Il a toujours encouragé la protection d'espèces « négligées », et il était un fervent promoteur de l'hybridation interspécifique. En 1983, il parvient à convaincre le Ministère de la Recherche de créer le Bureau des ressources génétiques, dont il sera le Président de 1983 à 1988. Il accordait une importance considérable aux ressources génétiques ; il estimait qu'il s'agissait d'une énorme richesse à préserver, dans l'intérêt de chacun. Ce Bureau a permis à la France d'être très présente au niveau international.

Sculpteur de la diversité génétique

Ses activités et résultats remarquables dans de nombreux domaines (y compris la réglementation de la semence, qu'il considérait comme l'outil indispensable pour une agriculture de qualité : il fut président du Comité Technique Permanent de la Sélection de 1978 à 1990) lui ont valu de très nombreuses récompenses (commandeur de la Légion d'Honneur, Grande Médaille de la Ville de Paris, etc.).
Il est remarquable de constater que beaucoup à l'heure actuelle semblent considérer que la variété cultivée est une entité qui a existé de toute éternité. Il n'en est rien. La variété cultivée est une création humaine. Le paysage agricole actuel et notre confort alimentaire actuel sont le fruit de travaux acharnés de nombreuses personnes, et parmi elles de quelques André Cauderon ! La diversité génétique est un ensemble énorme dont peu de rameaux sont utilisés, mais dont tous sont indispensables.
André Cauderon a été un formidable sculpteur de cette diversité génétique, tout en ayant à cœur de respecter le moindre de ses rameaux, de la même façon qu'il savait respecter les hommes, et qu'il a choisi, en contribuant de façon extraordinairement efficace à satisfaire les besoins alimentaires de ses semblables, une voie qui lui paraissait essentielle pour les servir.

Source

Texte rédigé par Michel Bernard et publié dans L'Écho des Puys, N° 138 - octobre 2010, à l'occasion de l'inauguration de la salle de réunion-bibliothèque de l'unité mixte de recherche Génétique, diversité et écophysiologie des céréales (GDEC) à l'Inra de Clermont-Ferrand le 24 septembre 2010, salle dédiée à la mémoire de André Cauderon.

À cette occasion, un hommage lui a été rendu par Michel Bernard et Maurice Pollacsek, chercheurs honoraires à l’UMR GDEC, autrefois « Station d'Amélioration des Plantes », en présence de Yvonne Cauderon et de ses enfants, de Michel Beckert, président du Centre, de Gilles Charmet, directeur de l'Unité, et de nombreux invités.