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Quelques figures emblématiques de l'Inra. © Inra, GAVALDA Véronique

Figures de l'Inra

Bertrand-Roger Lévy : artisan de l'ouverture de la science à la société

Après des débuts de zootechnicien, Bertrand-Roger Lévy (1923-2001) est chargé d'information et de communication. C'est alors que, bien avant les années 1980, qui ont vu les relations "science-société" émerger avec force de loi et les organismes de recherche être incités à diffuser la culture scientifique, il invente auprès de la direction de l'Inra une communication de qualité, rigoureuse et basée sur de vrais échanges avec les journalistes et avec le public.

Mis à jour le 18/02/2016
Publié le 18/05/2006

L'année de son bac, Bertrand-Roger Lévy, enfant unique d'intellectuels parisiens, se retrouve avec ses parents sur les routes de France pour fuir l'occupation allemande. « Au cours de l'hiver 1940-41, mes parents ont reçu un homme connu pour ses écrits philosophiques, Gabriel Marcel. Celui-ci m'avait demandé ce que je comptais faire dans la vie. Je lui avais répondu que j'hésitais entre la philosophie, la géographie humaine et l'agriculture. Conscient de la situation, il m'a dit que les choix qui s’offraient à moi étaient limités et il m'a conseillé d'aller voir un de ses amis, Marcel Legault, […], mathématicien brillant lié avec Teilhard de Chardin. Il avait préféré, pour des raisons éthiques, abandonner son enseignement et s’occuper d’un domaine agricole, à 1000 m d'altitude, dans la haute Drôme. Je suis allé lui rendre visite. Le cadre m'a beaucoup plu. […] Legault m'a dit : 'Si tu veux rester, je t'accueille, tu seras berger !' […]. Je n'avais pas rejoint alors cette région dans l’idée de me cacher. Durant quatre ans, je me suis initié, sur ces plateaux secs et escarpés, au métier de berger, vivant au rythme de la petite communauté. Malgré la proximité du Vercors, j’ai pu échapper miraculeusement, ainsi que mes parents, aux perquisitions allemandes ».

Zootechnicien à l'Inra pour participer à la modernisation de l'agriculture

Un décalage énorme entre l’état de l’agriculture française au sortir de la guerre et celui de l’agriculture américaine

En 1947, Bertrand-Roger Lévy est recruté à l'Inra qui venait de naître. Responsable de la porcherie de Bois-Corbon, sous les ordres de Raymond Février, il étudie notamment les rations alimentaires. En 1951, la porcherie est transférée à Jouy-en-Josas où il poursuit sa carrière de zootechnicien jusqu'en 1968. Durant cette période, son goût pour l'architecture est sollicité pour construire des bâtiments d'élevage ou des labos ; en 1955, il dessine les plans d'une fabrique de mélanges alimentaires expérimentaux au service des nutritionnistes qu'il gérera ensuite. Il se familiarise alors avec le marché des matières premières à la bourse de commerce et conquiert, auprès des financiers de l'Inra, la souplesse nécessaire pour pouvoir acheter aux cours les plus bas. Il explique qu'avec la diversification des unités utilisatrices : « Nous avons introduit dans la gestion de l'usine la notion d'équilibre économique en faisant payer à chaque laboratoire le prix des matières premières et les coûts de fabrication de façon à couvrir le salaire des 7 ou 8 ouvriers ».
En 1967, Bertrand-Roger Lévy fait partie de la mission aux États-unis chargée d'effectuer une étude prospective sur le soja avec le Centre national du commerce extérieur : « Je me souviens que les États-Unis avaient conscience de détenir une poule aux œufs d'or et étaient bien résolus à en garder le contrôle. Cet avertissement prémonitoire avait été formulé, à une époque où la question du soja n’était pas encore à l’ordre du jour ».
Grâce à ses nombreux contacts avec l'extérieur, Bertrand-Roger Lévy aurait pu trouver un poste plus rémunérateur dans le privé, mais il reste à l'Inra : « j’avais l’impression d'y faire des choses socialement utiles : Il y avait un décalage énorme entre l’état de l’agriculture française au sortir de la guerre et celui de l’agriculture américaine. Les personnes qui travaillaient à l’Inra étaient convaincues qu’elles étaient appelées à jouer un rôle essentiel dans un processus de modernisation qui s’imposait ». Il ajoute que « L'enthousiasme qui régnait dans ce centre [Jouy-en-Josas] était communicatif ».

Artisan des relations de l'Inra avec le public

Savoir d'abord ce qui pouvait intéresser le journaliste et ses lecteurs

Bertrand-Roger Lévy aimait beaucoup ses activités à Jouy. Aussi quand en 1967, Raymond Février, devenu inspecteur général, l'invite à venir travailler auprès de lui à Paris, il hésite… et finalement franchit le pas. Raymond Février lui confie l'édition du Bulletin interne de l'Inra, puis le confirme dans des fonctions d'information et de communication. Et ce curieux de connaissances, féru d'arts et de littérature, va patiemment mettre en place des relations publiques et intéresser les journalistes aux travaux de l'Inra. Il raconte : « Quand il s'est agi de développer davantage les rapports avec le monde extérieur, j'ai compris que les difficultés allaient venir davantage des chercheurs que des journalistes : les premiers étaient enclins toujours à penser que l'information était quelque chose de superficiel, d'inutile et de coûteux. Le journal qu'ils lisaient le plus, à savoir le Monde, ne faisait jamais état de leurs recherches. Pour faire en sorte que l'Inra ne soit plus une tour d'ivoire fermée sur elle-même et jalouse de ses informations, il fallait arriver à susciter chez les journalistes du Monde un intérêt pour leurs travaux. »
Bertrand-Roger Lévy forge sa démarche : « Notre but était d’obtenir des journalistes le réflexe conditionné 'L’Inra constitue une source fiable d’informations' ». « Je me suis aperçu en les fréquentant que, si on voulait que des choses passent dans la presse, il était important de savoir d'abord ce qui pouvait intéresser le journaliste et ses lecteurs ». C'est ainsi qu'il parvient à développer de très bonnes relations avec des journaux aussi différents que Le Monde, Géo ou Le Canard enchaîné… et plus largement avec la presse agricole, la presse scientifique et la presse médicale. Par la suite, nombre de ces relations fondées sur la rigueur et la confiance mutuelle deviennent des relations amicales.
Bertrand-Roger Levy, ingénieur à l'INRA de Jouy, repsonsable du moulin pour l'alimentation animale, puis Chef du Service de Presse et relations publiques de 1970 à 1988.. © Inra, PAILLARD Gérard
Bertrand-Roger Levy, ingénieur à l'INRA de Jouy, repsonsable du moulin pour l'alimentation animale, puis Chef du Service de Presse et relations publiques de 1970 à 1988. © Inra, PAILLARD Gérard
Rapidement, la direction de l'Inra est sensible à l'importance de ces relations et les rapports de l'Inra avec la presse se structurent. Il souligne : « Il fallait être constamment en éveil pour saisir au vol les occasions lorsqu'elles se présentaient. Nous devions être capables de réagir très vite aux événements, mais il nous fallait essayer en même temps d'inscrire nos actions dans la longue durée pour éviter de passer notre temps à ne faire que 'des coups'. Notre travail était passionnant, mais souvent stressant ».
Et il conclut : « J'ai eu la chance d'avoir rencontré dans ma vie des personnalités riches et attachantes qui m'ont beaucoup apporté dans les domaines intellectuels et artistiques. […] À la différence des certitudes relatives que l'on trouve dans les publications scientifiques, j'ai apprécié dans la presse son côté éphémère et périssable ! »

Mini-CV

Bertrand-Roger Lévy (1923-2001)

  • 1947 : recruté comme technicien contractuel en zootechnie.
  • 1969 : Inspecteur de recherche (IR2).
  • 1971 : Inspecteur de recherche (IR1).
  • 1984 : Inspecteur de recherche hors classe.

Responsabilités :

  • 1955-1967 : responsable de la fabrique de mélanges alimentaires expérimentaux.
  • 1967-69 affecté à la Direction générale de l’Inra, auprès de l’inspecteur général R. Février.
  • À partir de 1969, chef du service de presse et des relations publiques.
  • 1988 : Départ en retraite.
Archorales. Les métiers de la recherche. © Inra, INZERILLO Pascale

Archorales

Texte rédigé d'après le témoignage recueilli pour les archives orales de l'Inra, Archorales, en 1996.
>> Lien vers le témoignage complet (PDF)