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Quelques figures emblématiques de l'Inra. © Inra, GAVALDA Véronique

Figures de l'Inra

Georges Pelletier : artisan de découvertes majeures en génétique végétale

Directeur de recherche en génétique végétale, Georges Pelletier a dirigé de 1991 à 1999 la Station de génétique et d’amélioration des plantes du centre Inra de Versailles. Il a ensuite contribué au développement du consortium de génomique végétale français, Génoplante, dont il est aujourd’hui président du comité exécutif.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 24/02/2016
Publié le 07/06/2006

Une véritable communauté scientifique...

Georges Pelletier découvre et prend goût pour la recherche en génétique végétale lors de ses études à l'Institut national agronomique de Paris-Grignon. Toute sa carrière sera dès lors vouée à ce domaine de recherche : avec son diplôme d'ingénieur agronome et un troisième cycle de génétique physiologique, il entre à l'Inra où il effectue ensuite sa thèse. Il conduit de nombreux travaux pionniers qui font progresser les connaissances fondamentales et débouchent sur des applications. En 1999, avant de prendre ses fonctions de président du directoire opérationnel de Génoplante, le chercheur retrouve pendant deux ans « la paillasse ». « Une renaissance ! », avoue t-il. « Les fonctions de direction nous privent d’un plaisir et nous éloignent de la réalité du laboratoire pour nous confronter, il est vrai, à d’autres réalités ».

À la présidence du comité exécutif de Génoplante, moteur de la recherche végétale en France

... créée autour de la génomique végétale

La réalité de Génoplante, programme national de génomique végétale, c’est le rassemblement de près de 400 chercheurs d’instituts publics et d’entreprises semencières et de biotechnologies végétales. Cette structure permet le partage et l’appropriation par les généticiens classiques des progrès de la génétique moléculaire et la confrontation des chercheurs en science fondamentale avec la problématique concrète des industriels. « Il faut rendre hommage à ceux et celles qui, au ministère de la Recherche, dans les instituts, dans les entreprises, ont eu la volonté de faire aboutir ce projet moteur de la biologie végétale française » souligne Georges Pelletier. Dans cette structure, qui fonctionne avec des comités thématiques, « où presque tous les acteurs sont examinateurs et examinés, chacun se sent responsable du bon fonctionnement de l’ensemble de sorte qu’on peut dire qu’une véritable communauté scientifique s’est créée autour de la génomique ». Génoplante apporte depuis 1999 une contribution internationalement reconnue à la connaissance des génomes du maïs, du blé, du colza, du riz et d’Arabidopsis en particulier. « La recherche finalisée repose sur deux piliers : le monde économique et le monde académique. Actuellement, l’implication des acteurs économiques dans le secteur des biotechnologies végétales s’affaiblit en France : des industriels se retirent ou diminuent leurs investissements. Le nombre total de projets de Génoplante a diminué fortement en 2004-2005 faute de financements incitatifs suffisants. Pour l’avenir, la recherche publique ne sera forte que si elle continue à avoir des débouchés socio-économiques. Si elle ne peut plus les assurer, en particulier au travers de l’exploitation des biotechnologies en relation avec des entreprises, la biologie végétale française, au sens large, en fera les frais ».

Une carrière ponctuée de découvertes majeures

Georges Pelletier, directeur de recherche en génétique végétale à l'INra Versailles-Grignon. © Inra, Ch. Maître
© Inra, Ch. Maître
Les travaux expérimentaux les plus récents de Georges Pelletier ont abouti à un outil largement utilisé par Génoplante : une collection de mutants d’insertion d’Arabidopsis permettant facilement l’identification moléculaire des gènes mutés. Georges Pelletier perçoit dès les années 1980 l’intérêt de cette petite plante sans valeur agronomique qui va s’imposer comme le modèle international des plantes à fleurs. De nombreux laboratoires dans le monde essaient d’obtenir des collections de mutants qui permettent d’étudier le génome de cette plante. Mais les méthodes de mutagenèse utilisées jusque là ne sont pas très efficaces. En utilisant ses connaissances de la reproduction des plantes, Georges Pelletier et son ingénieur mettent au point une méthode originale utilisée maintenant dans le monde entier (la publication correspondante a été la plus citée dans le domaine) de telle sorte qu’il existe actuellement plusieurs mutants pour pratiquement chacun des 30 000 gènes de l’espèce.
D’autres avancées majeures ponctuent la carrière scientifique de Georges Pelletier, essentiellement consacrée à l’étude de la reproduction des plantes. De 1976 à 1990, il décortique le déterminisme génétique de la stérilité mâle cytoplasmique (rôle des mitochondries et de gènes additionnels de leur génome). Cette réussite est obtenue au prix de véritables prouesses techniques pour l’époque dans le domaine de la culture cellulaire in vitro, telle que la maîtrise de la fusion de protoplastes - des cellules végétales dépourvues de paroi - et la culture des produits de fusion jusqu'à la régénération de plantes entières, d’abord chez le tabac puis chez de colza ou d’autres Brassica.
Au tout début de sa carrière, Georges Pelletier est le premier à obtenir en cultivant du pollen d’asperge des plantes haploïdes, c'est-à-dire dont le génome est constitué d’un seul lot de chromosomes, alors que quelques résultats préliminaires viennent seulement d’être obtenus chez le tabac et le riz. « Impossible chez l’asperge » dit-on autour de lui... Les haploïdes mâles d’asperge permettent d’obtenir, par doublement chromosomique, des individus « super mâles », qui, croisés avec des femelles, donnent des descendants tous mâles, homogènes et plus productifs, travail qui a été développé par les équipes du laboratoire de culture in vitro et de l’amélioration de cette espèce à l’Inra à Versailles.

De la prise de risques à la consécration...

Au cours de ce parcours original, Georges Pelletier a pu choisir ses sujets, terrains pratiquement vierges qu’aucun comité d’évaluation de projets, tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui, n’aurait retenus… Ses collègues reconnaissent unanimement l'originalité de ses approches et apprécient son accompagnement vers des options innovantes. Ce chercheur éclectique s'intéresse aussi à l'histoire des sciences, à la musique et a une prédilection pour les travaux manuels.
Ses travaux ont été récompensés par le prix Jean Dufrenoy de l’Académie d’Agriculture de France (1986), le prix Doistaut-Blutet de l’Académie des Sciences (1989), le prix de l’Amitié de la grande muraille de Chine de la Municipalité de Pékin (2001). Il est chevalier de l’ordre du mérite et élu à l’Académie des Sciences en 2004. En 2006, il est le premier chercheur distingué par le « Laurier d'excellence de l'Inra ». Ce prix, décerné par un jury international, récompense l'ensemble de l'œuvre et la carrière d'un chercheur de renommée internationale dont la contribution au rayonnement de la recherche agronomique est exceptionnelle.

Mini-CV

  • marié, deux filles
  • directeur de recherches, président du comité exécutif de, Génoplante, consortium français de génomique végétale
  • formation : ingénieur agronome, docteur ès Sciences de l'université d'Orsay

Prix

  • Laurier de la recherche agronomique de l'Inra 2006
  • Laurier d’impact de la recherche agronomique 2015 avec le groupe Colza