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Quelques figures emblématiques de l'Inra. © Inra, GAVALDA Véronique

Figures de l'Inra

Suzanne Mériaux : la recherche, une excellente école d’humilité

Tout n’a pas été donné dans la carrière de Suzanne Mériaux : scientifique recrutée dans un milieu alors très masculin, elle rejoint très jeune un centre régional qui n’offre pas l’émulation scientifique des centres franciliens. Spécialisée en géologie, elle y développe une approche de la structure physique des sols et des échanges d’eau dans un environnement en majorité baigné d’agronomes et d’agronomie… À 36 ans, elle relève un autre défi en formant le centre de Dijon ville. Elle aborde tout son parcours avec beaucoup d’énergie et d’adaptabilité. Et elle est nommée directeur scientifique du secteur "Milieu physique" qui fédère alors les recherches sur l'environnement : une première à l’Inra.

Mis à jour le 08/03/2018
Publié le 18/05/2006

Une approche nouvelle au sein des sciences du sol en plein développement

Suzanne Mériaux se destinait à la médecine, mais la guerre l'éloigne de ce projet : elle est institutrice « en attendant ». Elle reprend ensuite des études en sciences naturelles et en italien. Tout va alors très vite : passionnée pour la géologie, elle est recrutée en tant qu’assistante à la Faculté des sciences de Besançon ; la même année, elle épouse un ingénieur de l’École nationale du génie rural, elle entre à l’Inra à Versailles, puis, une année plus tard, à Dijon où son mari a accepté un poste. Elle se souvient qu'à ses débuts : « Il n’y avait vraiment pas beaucoup de femmes à l’Inra" ». Après s'être intéressée aux processus de transformation des argiles au laboratoire de Physique des sols de Versailles, avec Stéphane Henin, elle initie des recherches en pédologie à la station départementale de recherche agronomique de Dijon. Dans le même temps, elle prépare et soutient une thèse. « Quand je compare ce que j’ai connu à ce qui existe aujourd’hui, je trouve que les jeunes ont une chance folle d’être bien encadrés. De mon temps, seuls étaient encadrés ceux qui travaillaient à Paris ou à Versailles » confie t-elle. Cet isolement relatif est renforcé par le fait que les stations d’agronomie ne s’intéressaient à l'époque qu’à la couche la plus superficielle du sol et à sa fertilité. Suzanne Mériaux explique : « Rares étaient celles qui se souciaient, en effet, de la formation des sols et de leur évolution en vue d’une généralisation des analyses ponctuelles. Mais, comme j’avais fait de la géologie, j’avais le désir de mieux comprendre les processus de transformation qui se produisaient à partir de la roche mère ».

Directrice d’une station régionale, chargée de former le centre de Dijon ville

Elle a 36 ans, en 1960, quand la direction générale lui confie la direction de la station de Dijon - qu’elle assurera jusqu’en 1972 – et la création d’un nouveau centre, rue Sully à Dijon, constitué pour réunir les équipes dijonnaises à des équipes décentralisées depuis Versailles, selon une volonté politique d’Edgar Pisani de renforcer la recherche et l’enseignement supérieur agronomique à Dijon. Avec le recul, elle déclare : « Vous voyez à quelle sauce étaient mis alors de jeunes chercheurs ! […] Mais en écrasant des jeunes isolés sous le poids de charges administratives, on a interdit à beaucoup de faire une carrière scientifique de haut niveau, ce qui est quand même un peu dommage ». Si ce regroupement s’était bien opéré selon une proximité thématique des équipes déplacées – souvent « contraintes et forcées » - avec celles de Dijon, il n’y avait pas eu d’emblée de réflexion pour construire un programme de recherche commun. Or « il n’est pas possible d’imposer une collaboration entre équipes de recherche. Il faut, en effet, que celle-ci vienne de la base » : Suzanne Mériaux explique que les travaux pluridisciplinaires ont ainsi été lancés peu à peu, la bonne entente entre les différentes équipes aidant.

Du sol à l’eau et enfin à l'énergie : différentes recherches sur l'environnement

Photo de Suzanne Mériaux. © Inra
Photo de Suzanne Mériaux © Inra
En tant que directrice de la station d’agronomie, elle développe avec J. Chrétien un volet « études pédologiques » pour apporter "des connaissances plus sérieuses sur les sols de la région" en liaison avec des pédologues de Versailles, de l’Orstom (aujourd’hui IRD) et de l’école forestière de Nancy. Deux autres volets sont explorés : la chimie du sol et la physique du sol, dont elle s’occupe. Elle s’intéresse ensuite à l’eau, très liée à la structure des argiles, et finalement à l’alimentation en eau et au stress hydrique des plantes.
En 1971, elle et son mari éprouvent le besoin de changer : « Il faut faire, en effet, attention, le danger dans la recherche étant de se scléroser très vite : face aux mêmes personnes dont on connaît à la longue les formes de pensée et les modes de raisonnement, on a tendance à ne plus se remettre en cause et à ne plus faire marcher son imagination ». Son mari prend un poste à Nîmes et elle devient chargée de mission auprès de la Compagnie du Bas-Rhône Languedoc. Le couple termine sa carrière en région parisienne. Pendant trois ans, elle supervise l’écriture d’un ouvrage de synthèse sur les recherches sur l’eau à l’Inra et devient ensuite responsable du programme « Biomasse – Énergie », créé à la suite de la crise pétrolière : « Il s’agissait de voir ce qui pouvait être fait sur la bio-énergie, les ressources qui étaient susceptibles de fournir de l’énergie (c’est-à-dire les pailles, les produits forestiers, les plantes énergétiques), les voies de transformation par méthanisation ou distillation. Des économistes, comme Jean-Claude Sourie ont participé à la réflexion ».

Première femme nommée directeur scientifique à l’Inra

Si au cours de sa carrière, le fait d’être femme a plusieurs fois joué en sa défaveur, il va constituer un atout supplémentaire, en 1982, quand « la gauche au pouvoir favorise une certaine promotion de la femme ». Jacques Poly, président directeur de l’Inra, lui confie alors la direction du secteur "Milieu physique". Première femme nommée directeur scientifique à l’Inra, elle exerce cette fonction jusqu’à sa retraite en 1985.
À ce moment-là, elle a envie de se consacrer à tout autre chose : sport, musique, problèmes sociaux. Mais elle donne également beaucoup de son temps à l’Académie d’agriculture. En 1996, elle y est élue vice-présidente, puis présidente : « Je pensais qu’au moment du vote, les membres de l’Académie qui sont essentiellement des hommes me refuseraient leurs suffrages. Il n’en a rien été, ce qui montre bien une évolution profonde des mentalités ».

La recherche, une école d’humilité

Contente d’avoir été chercheur, cela m’a empêchée d’être pédante

À propos de sa carrière, Suzanne Mériaux confie : « J’ai toujours la sensation (sans éprouver de culpabilité) d’avoir des manques, d’être un peu stressée dans tout ce que je faisais ». Le poème "rythmes ou la journée d’un directeur s , qu’elle a écrit, exprime cela. Elle garde un souvenir très heureux des moments vécus à l’Inra et de son métier de chercheur. « Quoique j’aie constaté une chose qui m’a donné beaucoup d’humilité. Il s’est trouvé que, dans mes recherches, je cherchais des choses, et quelquefois c’est autre chose que je trouvais. Je ne suis pas la seule, mais je trouve que ça rend très humble […] Moi, je suis contente d’avoir été chercheur, parce que cela m’a empêchée d’être pédante […] Pour moi, un chercheur qui n’admet pas une critique ne peut prétendre à ce titre. Ce qui m’a plu dans le métier de chercheur, ce sont les qualités morales qu’il réclame et que d’autres métiers n’exigent pas au même titre. »

Mini-CV

  • 1942-44 : Institutrice dans le Jura.
  • 1945-46 : Aide technique au CNRS, à Besançon
  • 1946-47 : Assistante de Faculté (géologie à Besançon)

Grades à l’Inra

  • 1947 : ACS à l’Inra.
  • 1950 : Assistante de recherche à l’Inra.
  • 1954 : Chargé de recherche à l’Inra.
  • 1961 : Maître de recherche à l’Inra.
  • 1968 : Directeur de recherche à l’Inra (DR1).

Responsabilités administratives

  • 1955-56 : Directeur intérimaire de la station d’agronomie de Dijon.
  • 1960-72 : Directeur de cette station.
  • 1968-72 : Chargé de cours de phytotechnie à l’ENSSAA de Dijon.
  • 1968-70 : Administrateur adjoint du CRA du Centre-est.
  • 1972-75 : Mise à disposition de la Compagnie Nationale d’Aménagement du Bas Rhône-
    Languedoc.
  • 1975-82 : Chargée de mission pour les problèmes de l’eau.
  • 1982-85 : Responsable du programme Biomasse-Energie de l’Inra.
  • 1982-85 : Directeur scientifique du secteur Milieu physique de l’Inra.

Autres activités

  • 1984 : Membre de l’Académie d’agriculture.
  • 1996 : Vice président de l’Académie d’agriculture.
  • 1997 : Présidente de l'Académie d'agriculture
Archorales. Les métiers de la recherche. © Inra, INZERILLO Pascale

ARCHORALES

Texte rédigé d'après le témoignage recueilli pour les archives orales de l'Inra, Archorales, en 1996.
>> Lien vers le témoignage complet (PDF)