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Quelques figures emblématiques de l'Inra. © Inra, GAVALDA Véronique

Figures de l'Inra

Jean-Paul Renard : précurseur et sommité du clonage

Jean-Paul Renard a consacré ses quarante années de carrière de chercheur à l’étude des aspects les plus fondamentaux du début de l’embryogenèse. Aujourd’hui directeur de recherche au sein de l’unité Biologie du développement et reproduction, centre Inra de Jouy-en-Josas, département Physiologie animale et systèmes d’élevage, il s’est attaché, tout au long de son parcours, à mieux comprendre la nature du programme de développement lors de la transition entre l’œuf et les premières différenciations cellulaires de l’embryon. En 1998, avec la naissance de la vache Marguerite dans les étables de l’Inra à Jouy-en-Josas, il confirme avec son équipe que la réversibilité totale de ce programme est possible avec le clonage somatique.

Par Magali Sarazin
Mis à jour le 07/01/2019
Publié le 12/10/2010

« Y-a-t-il des connaissances que l’on doit s’interdire ? »

Remonter le temps n’est pas l’apanage de l’astrophysique ! Les recherches de Jean-Paul Renard sur l’embryogenèse l’ont montré avec, en point d’orgue, la naissance de Marguerite, la première vache clonée : on pouvait « remonter » l’horloge biologique d’une cellule. Cette vache est issue d’embryons reconstitués après transfert d’un noyau de cellule donneuse différenciée dans un ovocyte (1) receveur dont on a au préalable enlevé le noyau. L’ovocyte énucléé redonne au noyau « adulte » le potentiel du noyau de l’œuf fécondé. Ces embryons, une fois transplantés chacun dans une mère porteuse, peuvent alors donner naissance à des clones de l’animal donneur, puisqu’ils sont constitués à partir du même génome. « Nous avons, depuis, montré que les clones qui deviennent adultes sont des animaux physiologiquement normaux et fertiles et qu’ils n’étaient pas des “copies conformes” bien que leur génome soit le même ». L’équipe de Jean-Paul Renard a également contribué au développement d’une expertise au sein de l’Inra, sur la qualité de la viande et du lait issus de clones bovins, à travers une expérimentation engagée en 2003, dont il n’existe aucun équivalent dans d’autres pays.

En quête des prémices de la vie

Si le laboratoire de Biologie du développement et de la reproduction (2) - qu’il a créé en 2000 puis dirigé pendant dix ans - continue à étudier les clones, c’est « parce qu’ils permettent d’étudier les mécanismes du développement à partir d’une situation très particulière : le noyau de l’embryon doit en effet reprogrammer ses activités avant de devenir un noyau embryonnaire. Avec le clonage, on peut analyser ce processus : les contraintes imposées au noyau se révèlent compatibles avec un développement harmonieux mais peuvent aussi induire des désordres physiologiques qui se manifestent tardivement au cours de la gestation, voire après la naissance et même à l’âge adulte. Au début, nous avons été très surpris par cette observation ». Le chercheur et son équipe savent maintenant qu’une partie de ces dérégulations est due au placenta, le lien entre le fœtus et l’environnement maternel. « Tout l’intérêt scientifique réside dans le fait que le clonage permet d’étudier le développement d’organismes qui ont tous le même génome nucléaire, mais qui ont cependant des cytoplasmes (3) différents et peuvent être implantés dans des utérus différents. On observe alors leur capacité à s’adapter à leur environnement. Il deviendra possible de mieux comprendre pourquoi certains animaux sont plus robustes que d’autres face à des perturbations environnementales » explique le scientifique continuellement sollicité. Sa renommée, il l’utilise aussi pour lancer des partenariats avec des équipes internationales comme celles de l’Université d’Illinois pour établir un atlas des gènes exprimés au cours du développement péri-implantatoire chez le bovin, ou de l’Académie des Sciences à Pékin au sein d’un programme sur les cellules souches embryonnaires animales.

L’éthique, ou le précepte d’une carrière scientifique d’exception

« Jean-Paul Renard questionne des mécanismes biologiques très fondamentaux pour pouvoir répondre à des questions de recherche finalisée » résume Philippe Chemineau, qui a dirigé le département Physiologie animale et systèmes d’élevage de l’Inra, « sa force est de s’inscrire dans la tradition des Lumières : agronome de formation, il est scientifique mais aussi philosophe ». Il rejoint en 1982 le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, qui a pour vocation d’encadrer les recherches sur le vivant, et y siège neuf ans.

Lauriers d'Excellence 2010, Jean-Paul Renard, Directeur de recherche a l'unite Biologie du developpement et reproduction, centre Inra de Jouy-en-Josas.. © © INRA, NICOLAS Bertrand
© © INRA, NICOLAS Bertrand

« Jean-Paul a su mettre de la philosophie dans la biologie et, peut-être, de la biologie dans la philosophie. »

Muriel Mambrini-Doudet, présidente du centre Inra de Jouy-en-Josas de 2008 à 2014

Aujourd’hui, il continue à s’interroger : « avec les outils toujours plus puissants d’analyse moléculaire, la force de la modélisation mathématique, l’arrivée des nanotechnologies en biologie, l’émergence de la biologie synthétique, les recherches évoluent encore plus vite. Vouloir comprendre ? Oui, mais il faut inventer de nouvelles formes de relations avec la société à partir de questions essentielles : peut-on chercher à tout connaître ? Y-a-t-il des connaissances que l’on doit s’interdire ? ».

L’embryologie fondamentale, la quête d’une vie de chercheur

Son premier résultat scientifique important, se rappelle-t-il, remonte à 1986, après une dizaine d’années de recherches menées au laboratoire de Génétique des mammifères à l’Institut Pasteur. Il s’intéresse alors aux rôles respectifs des génomes paternel et maternel dans la formation de l’œuf. « En travaillant sur des lignées mutantes de souris, j’ai pu isoler et mettre en évidence une action très spécifique du génome paternel sur les interactions entre le noyau et le cytoplasme de l’embryon ». Dans le cas présent, le développement de l’embryon s’arrête au stade dit « blastocyste », moment où apparaissent les premières différenciations cellulaires. De nombreuses inconnues demeurent, mais le chercheur poursuit ses recherches pour déterminer quand le génome embryonnaire commence à devenir actif. À 65 ans et à quelques jours de sa fin d’activité professionnelle, Jean-Paul Renard reste fasciné par l’extraordinaire plasticité des embryons et des cellules « à la fois fragiles et immensément robustes » qui lui ont donné le goût de la recherche.

(1) Cellule reproductrice féminine qui devient ovule une fois fécondée, la cellule reproductrice masculine étant le spermatozoïde.
(2) Unité mixte de recherche de l’Inra et de l’École vétérinaire d’Alfort.
(3) Substance constituant la cellule à l’exclusion du noyau.

Les lauriers ?

« J’ai contribué à la remise en cause de dogmes de la biologie, l’impossibilité de conserver indéfiniment la vie d’un embryon comme de remonter le temps biologique ! Ces recherches ont eu des retombées aussi bien en matière de conservation de la diversité biologique que d’amélioration de la reproduction des mammifères. Elles ont aussi encouragé les chercheurs à s’ouvrir aux débats sur l’évolution de la recherche sur le vivant. »

Mini-cv

  • 65 ans, marié, deux enfants
  • Professeur consultant à l’Institut national agronomique Paris-Grignon
  • Membre de l’Académie d’agriculture

Distinctions :

  • Chevalier de la Légion d’Honneur
  • Officier du Mérite Agricole
  • Laurier de la recherche agronomique 2010 de l'Inra