Portrait de Paul Vialle. © Inra, INRA

Paul Vialle, moderniser l'organisation

Grand serviteur de l’État au CV impressionnant, Paul Vialle n’a eu de cesse tout au long de son parcours professionnel de tisser des liens entre les citadins et les ruraux. Retour sur une carrière exemplaire au service de la recherche et de l’agronomie.

Mis à jour le 17/03/2016
Publié le 17/02/2016

« La science est controverse ». Par cette formule souvent répétée, Paul Vialle exprime sa recherche constante du questionnement et son sens des responsabilités. Responsabilités multiples et variées qu’il a endossées tout au long de son incroyable carrière. Né en octobre 1943 à Bourgoin-Jailleu, Paul Vialle se montre très tôt doué et studieux le long de son parcours à l’école républicaine. Ses brillantes études le mènent directement à l’Institution Robin à Vienne et au Lycée du Parc à Lyon, ce qui lui permet d’intégrer l’École Polytechnique. Dès lors, un vaste choix professionnel s’offre à lui. Il opte pour le service public et plus particulièrement le Génie rural et décroche son diplôme d’ingénieur du GREF à la fin des années soixante.

Ses premiers pas dans la fonction publique le conduisent, en 1970, à prendre la responsabilité des ressources en eau du Ministère de l’Agriculture. Spécialisé dans les modèles mathématiques en hydraulique, le jeune ingénieur met rapidement en place une base de données complète sur les débits des rivières françaises. Base toujours utilisée de nos jours. Paul Vialle délaisse ensuite Paris et le ministère de l’Agriculture pour rejoindre l’Hérault où il devient le directeur départemental adjoint de l’agriculture et de la forêt à Montpellier durant sept ans. En pleine crise viticole, il s’investit dans la modernisation des caves. Il gère également durant cette période l’implantation du Cirad à Montpellier.

Une rencontre qui change tout

Entre 1980 et 1981, Paul Vialle expérimente ensuite les réalités territoriales. En tant que chef de la mission régionale auprès du préfet de la région Poitou-Charentes, il participe à l’implantation d’une unité de recherche « Lait de chèvre ». C’est le premier contrat régional signé avec l’Inra. A cette occasion, il fait la connaissance de Jacques Poly, alors PDG de l’Inra. Le courant passe rapidement entre les deux hommes et Paul Vialle se voit proposer le poste de directeur général adjoint administratif et financier de l’Inra. Fonction qu’il occupera pendant cinq années. Immédiatement, il a le sentiment que l’organisation de la recherche est totalement à repenser. Il contribue dès lors à la modernisation de l’Inra, en s’appuyant sur la Loi sur la Recherche de Jean-Pierre Chevènement . Le programme « Jouy 2000 » est alors initié. Très innovant, ce programme rassemble à Jouy-en-Josas une structure entièrement dédiée aux biotechnologies. Paul Vialle met ensuite en place des politiques régionales avec un fort accent sur les biotechnologies animales et végétales qui, selon lui, sont  les enjeux majeurs du XXIe siècle.

À la faveur du changement gouvernemental de 1986, Paul Vialle remonte à Paris pour devenir Directeur adjoint du cabinet de François Guillaume, ministre de l’Agriculture et de la Forêt. Toujours en 1986, le ministre le nomme directeur général de l’Enseignement et de la Recherche (DGER). Il y passera trois ans. Son parcours se poursuit dans les hautes sphères de la fonction publique et il prend en 1989 la direction de l’Institut national agronomique Paris-Grignon (actuel AgroParisTech). Il fera de cette institution une des toutes premières écoles françaises en matière de recherche avec notamment le développement de l’école doctorale (École ABIES), l’ouverture en direction des universités, et la création d’une formation d’ingénieurs par l’apprentissage.

En peine crise de la vache folle, Paul Vialle revient a ses premières amours et rejoint l’Inra en 1996 avec le titre de Directeur général. Avec Guy Paillotin, alors Président de l’Inra, Paul Vialle réforme en profondeur les structures d’encadrement de l’institut, et le dote d’un véritable collège de direction lié aux départements disciplinaires. Il est par ailleurs un des principaux artisans de la création de Génoplante, un programme de développement de la génomique végétale associant recherche publique et opérateurs privés, qu’il préside de 1998 à 2000. Il accompagne aussi la création de la Mission d’animation des Agrobiosciences (voir encadré). Véritable homme à tout faire, il est également durant cette période l’administrateur d’organismes de recherche du Cirad, de l’Inra et de l’Orstom.

Le moment venu, on peut convaincre les esprits parce que l’on a gagné les cœurs

Infatigable serviteur de l’État, sa carrière se poursuit en 2000 au Conseil général du génie rural, des eaux et des forêts, pour prendre la présidence de la section « Eau et milieux aquatiques ». Il assume en même temps toute une série de responsabilités supplémentaires : la présidence du Comité pour des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement (CORPEN), du Comité technique permanent de la sélection végétale (CTPS), de l'Observatoire des missions et des métiers, du Conseil de surveillance de la start-up Oxygene Research. Parmi ses nombreux engagements, citons qu’en 2002 Paul Vialle est nommé président du conseil d'administration de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), en 2007 président de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) devenue Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Reconnaissant ses immenses mérites, L’État récompense ce haut fonctionnaire atypique et engagé. La Légion d'honneur, l'Ordre national du mérite, les Palmes académiques, et le Mérite agricole viennent ainsi fièrement s’épingler sur la veste de Paul Vialle. Il préside actuellement (2016) l’Académie d’Agriculture.

AgroMots : 70 notions pour comprendre l'agronomie. © Inra

Agro-Mots

Un livre à l'occasion des 70 ans de l'Inra

Ce portrait est tiré du livre "Agro-Mots" qui paraît le 3 mars 2016 en librairie à l'occasion des 70 ans de l'Inra. À travers 70 notions, il donne des clés pour comprendre l'alimentation, l'agriculture et l'environnement. L'ouvrage est également disponible sur le stand des Éditions Quae / Stand Inra au Salon de l'Agriculture, du 27 février au 6 mars 2016, Paris, Parc des expositions, Porte de Versailles, Hall 4, allée B, stand n°075

En savoir plus sur l'ouvrage >

En savoir plus

Agrobiosciences : échanger sur les sujets à controverse

Véritable couteau suisse de la médiation publique, la Mission d’Animation des Agrobiosciences (MMA) aborde sans arrière-pensée tous les sujets à controverse relatifs aux avancées des sciences, le devenir du vivant et les thèmes de débats autour de l’agriculture et de l’alimentation.  Pour cela, le MAA fait appel à un large réseau d’interlocuteurs regroupant des scientifiques, des philosophes, des historiens, des psychologues, des élus, des responsables d’associations et des professionnels. À travers des cercles d’échanges et de « conversations », cette mission a également vocation à éclairer les décisions publiques. À son actif on peut noter, entre autres, l’organisation des États généraux de l’Alimentation, la semaine internationale de la Sécurité et de la Qualité alimentaire ou encore l’initiation du café des Sciences de Barcelone. La Mission Agrobiosciences est financée par le Conseil Régional Midi-Pyrénées et le Ministère de l’Agriculture. Pour répondre à sa vocation d’intérêt public, le MAA a développé un site web gratuit (www.agrobiosciences.org) qui a recensé plus de deux millions de visiteurs en 2014. Il est vrai que les débats voire les sources de conflits concernant les sciences du vivant et l’alimentation ne manquent pas !