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Associations végétales : l’agroécologie en pratique

Adopter les associations végétales implique une rupture forte par rapport aux pratiques actuelles, elle complexifie les itinéraires techniques. Quels services sont apportés par cette complexification ?

Parcelle de cereales et legumineuses (pois) en mélange pres de Sourcieux les Mines (69210 - Rhone).. © © INRA, LHOPITAL Marie-Christine
Par Nicole Ladet
Mis à jour le 05/01/2015
Publié le 26/11/2014

Associer dans la même culture deux espèces végétales, une céréale et une légumineuse, ou une culture annuelle à des arbres, éventuellement y intégrer des animaux… Ces pratiques naguère courantes mais rendues désuètes par l’intensification et la simplification des itinéraires culturaux après-guerre retrouvent aujourd’hui tout leur intérêt face à la nécessité d’adopter des pratiques agricoles plus écologiques, plus productives et plus respectueuses de l’environnement, d’obtenir une meilleure résilience des cultures faces aux aléas, en particulier ceux du climat. Les associations céréales – protéagineux, les associations fourragères, les cultures relais et l’agroforesterie sont des exemples pilotes dans la mise en œuvre de ces nouvelles pratiques.

Les intérêts des associations végétales ont été discutés lors du Carrefour de l’innovation agronomique tenu le 20 novembre 2014 à Angers. Et les résultats de recherche tendent à montrer qu’ils peuvent être nombreux : moins d’engrais azoté minéral nécessaire dans les cultures associées à une légumineuse (qui fixe l’azote atmosphérique) ou dans la culture suivante, meilleure biodisponibilité du phosphore dans le sol, moins de pesticides utilisés grâce à une plus grande biodiversité et à une meilleure occupation de l’espace. La meilleure couverture du sol rend en effet l’implantation des adventices plus difficile, les espèces associées peuvent fournir gîte et couvert à des auxiliaires ou hyperparasites de ravageurs des cultures, voire avoir des effets répulsifs ou, via leurs racines, des effets allopathiques. Parmi les autres avantages, on observe souvent des rendements équivalents ou supérieurs à ceux d’une culture seule et plus de résilience face aux aléas du climat.

Élaborer, transmettre, savoirs et savoir-faire

Régulariser les rendements et les services apportés.

Alors, les associations végétales sont-elles LA solution pour une agriculture plus durable ? Elles expriment leur potentiel dans les conditions limitantes (par exemple quand l’azote du sol est limitant pour les associations céréales et légumineuses). Mais, il faut mieux connaître les interactions entre associés d’une même culture pour maximiser les bénéfices du mélange et en régulariser les rendements et les services apportés. Ces travaux ne peuvent être menés qu’en lien constant avec des pratiquants : agriculteurs… Il faut ensuite pouvoir traduire ces résultats en règles de composition du mélange mais aussi en besoin de recherche pour optimiser les choix. Par exemple, sélectionner les variétés de fourrage pour leurs capacités écologiques dans l’association. Tout ne peut pas être expérimenté : pour prévoir les impacts du changement du climat et les interactions à long terme dans l’association, il est nécessaire de faire appel à la modélisation. Ce manque de connaissances fait qu’aujourd’hui, malgré leur intérêt, les associations végétales ne constituent pas une solution « clé-en-main ». Au-delà des connaissances et des innovations nécessaires pour lever les difficultés techniques, elles exigent une nouvelle façon de former et de conseiller les agriculteurs.

Un autre point d’attention important est celui des débouchés. En effet, si la valorisation des produits d’une association végétale n’impose pas de contrainte d’organisation trop forte dans le cas où les produits sont consommés par les animaux élevés dans l’exploitation, la valorisation hors de l’exploitation suppose souvent de trier pour séparer les produits récoltés. Actuellement ce coût n’est acceptable que pour des associations à forte valeur ajoutée comme triticale et lupin où le lupin est utilisé en alimentation humaine. Or comment adapter les filières et qui doit en supporter le coût ? Une autre voie pourrait être celle d’une filière permettant de co-valoriser les deux produits de la récolte mais elle est encore au stade expérimental.

Nécessité de politiques publiques adaptées

Stimuler la capacité du système à se réorganiser

Les associations végétales posent des contraintes pour les déclarations PAC. L’évolution de ces règles pour l’agroforesterie a permis de lever un frein à son développement.
Plus globalement, le choix social actuel doit intégrer trois enjeux : réduire les pollutions, assurer les revenus des agriculteurs et des IAA tout en stabilisant la dépense publique. Selon Alain Carpentier, il faut « aller chercher le progrès technique là où il est, et stimuler la capacité du système à se réorganiser. Les politiques publiques doivent être en appui à cette démarche ». Taxer les intrants renforcerait l’intérêt des autres pratiques. Peut-être qu’il n’y a pas d’entre-deux et que les pratiques agroécologiques ne deviendront performantes que quand elles seront employées largement. Les mesures réglementaires peuvent être couplées à des incitations économiques (ex. subventions à des pratiques agroécologiques).

Les objectifs à court terme sont très couteux à atteindre. Mais, grâce au progrès technique et à la réorganisation du système des objectifs incompatibles à court terme peuvent devenir compatibles à moyen long terme. Or les politiques publiques peuvent orienter la réorganisation du système. Le moyen long terme autorise une adaptation progressive des acteurs et leur permet de s’insérer dans une logique d’anticipation, de se préparer pour ne pas subir, voire de se coordonner.

La plateforme avicole AlterAvi du Magneraud explore depuis 2009 les performances zootechniques, environnementales et sanitaires de systèmes d’élevage biologiques.. © Inra, MAITRE Christophe

Focus

Poules et poulets, mieux élevés en parcours arborés

Dans les parcours extérieurs nécessaires à tout élevage bio ou label, la présence d’arbres est un atout. Les animaux restent plus longtemps à l’extérieur, leurs déjections sont moins concentrées, le couvert végétal moins dégradé pour des performances zootechniques meilleures. Des essais pour réduire l’apport complémentaire en tourteau de soja montrent que les animaux compensent cet apport moindre en recherchant plus de protéines dans leur environnement. Cela permet d’envisager une réduction du coût (3 à 4 % moins de dépenses en soja) avec un maintien de la performance économique. Les chercheurs testent également l’utilisation d’espèces à vertu antiparasitaire ou anti-helminthique, dont certaines peuvent aussi apporter des protéines.

En savoir plus >

A propos de

Retrouver les vidéos et publications du Carrefour

Le carrefour de l’innovation agronomique « Associations végétales » s'est tenu à l’École supérieure d'agriculture (ESA) d’Angers le 20 novembre 2014 devant une assistance nombreuse (270 participants), incluant de nombreux étudiants, agriculteurs et acteurs du développement agricole.

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-    diaporamas projetés lors des différents exposés
-    les articles relatifs à ce carrefour parus dans la revue « Innovations agronomiques » - Volume 40