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Quel sens donner à l’agriculture biologique aujourd’hui ?

Le carrefour de l’innovation agronomique du 28 avril dernier présentait et débattait des dynamiques d’évolution de l’agriculture biologique. Le marché du bio est structurellement en croissance : de 5 milliards d’Euros en 2014 pour la France, en progression de 10 %, il est estimé par le Xerfi à 8 milliards en 2018. La bio peut-elle s’élargir sans perdre son identité ? Comment accompagner son développement ?

Plateforme de recherche en production biologique ovine.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Nicole Ladet
Mis à jour le 25/05/2016
Publié le 25/05/2016

Rassemblant chercheurs et professionnels et largement relayé sur les réseaux sociaux, ce colloque a permis de dresser un état des lieux des dynamiques en cours dans l’agriculture biologique et d’en dessiner les perspectives.
    

Qu’est devenu le « contrat de confiance » entre agriculteurs bio et consommateurs ?

L’agriculture biologique est tout à la fois, une forme d’agriculture, un marché (avec des producteurs, distributeurs et consommateurs) et des métiers… À l’origine, elle se construit en opposition à l’industrialisation et à la société de consommation, et donc à l’agriculture « conventionnelle ». Son identité se fonde sur des valeurs telles que la non utilisation d’engrais ou pesticides de synthèse, la valorisation des processus naturels comme les symbioses racinaires, le recyclage, l’équité, l’éthique… Au fil des années et des résultats montrant l’effet négatif sur la santé et sur l’environnement des pesticides comme de l’excès de fertilisants, elle est une option de plus en plus choisie par les consommateurs qui la perçoivent comme « bonne pour l’environnement » et « bonne pour la santé ». Son développement, porté par la demande sociétale, est favorisé par les politiques publiques et par les recherches. Dans les années 80, ce marché s’internationalise. Bientôt, le « contrat de confiance » qui lie producteurs et consommateurs dans des circuits courts se complexifie avec de nouveaux intermédiaires. L’État en devient le tiers garant avec le signe de qualité public « AB » qui repose sur un cahier des charges. Dans les années 90, l’Europe labellise à son tour avec son propre cahier des charges, parfois moins contraignant. L’industrie et la grande distribution font irruption dans ce marché pour en devenir des acteurs importants. La relative « massification » de l’agriculture biologique rime-t-elle avec une perte de ses valeurs originelles ? Va-t-on vers une « conventionnalisation » de l’agriculture biologique ? Et, de là, vers une rupture du contrat de confiance entre agriculteurs et consommateurs ? Les études montrent que l’agriculture biologique ne cesse d’innover, non seulement dans ses techniques mais aussi dans son organisation, sa régulation et sa distribution : paniers « bio », AMAPs mais aussi apparition de logiques de marques « bio » valorisant des caractères (« garanties ») complémentaires : « paysanne », « éthique »…

l’agriculture biologique fournit aussi des biens publics

La carte des identités de l’agriculture biologique montre désormais une large palette de variantes techniques, organisationnelles et commerciales. Ce qui l’enrichit tout en la rendant moins facile à définir. De ce flou relatif, le contrat de confiance qui lie l’agriculteur et le consommateur est-il toujours clair pour tous ? Peut-on rendre le bio accessible au plus grand nombre, sans exclure, tout en rémunérant le travail des producteurs à sa juste valeur ? La valeur de ce travail est complexe : l’agriculture biologique produit des biens marchands pour notre alimentation mais elle fournit aussi des biens publics quand elle protège et entretient notre environnement, ce qui bénéficie aussi à notre santé.
  

L’identité de l’agriculture bio à l’épreuve de l’écologie

Les politiques publiques en France et en Europe encouragent depuis les années 80 une moindre emprise de l’agriculture sur l’environnement avec différentes mesures agroenvironnementales, soutien à l’agroécologie, au biocontrôle… Le développement de nouvelles formes d’agricultures plus « écologiques » rend à son tour plus floue la frontière bio/conventionnel et en questionne les limites. Et les nouvelles techniques de sélection variétale ainsi que la transition numérique bousculent plus encore ces limites. L’agriculture biologique peut-elle continuer à innover et se développer en bénéficiant d’apports réciproques avec l’agro-écologie par exemple ? Cela se révèle en tout cas une piste fructueuse pour les recherches. Tous les projets qui associent agriculteurs « bio » et non bio, anciens et nouveaux installés, montrent l’intérêt des apprentissages réciproques qu’ils permettent.

Au sein des territoires, l’agriculture biologique reste difficile à intégrer dans l’application des lois du Grenelle et de celles en faveur de la qualité de l’eau, car les collectivités territoriales sont peu familières des réseaux d’agriculteurs bio et en raison de freins psychologiques (opposition d’agriculteurs plus majoritaires à la participation des « bio »). Il y a donc un levier de progression à ce niveau. En outre, les politiques territoriales sont parfois concurrentes entre elles.
  

Moi, agriculteur bio en devenir…

On va vers le bio pour survivre mais aussi pour s’accomplir…

Actuellement, le développement de l’agriculture biologique est très contrasté selon les régions. Cinq d’entre elles se distinguent, au 1er rang desquelles PACA. Ce sont celles où les aides à l’installation en bio, l’animation et le conseil sont plus développés. La question des débouchés mais aussi celle de l’accompagnement des agriculteurs sont déterminantes dans le développement de l’AB. Dans le parcours des agriculteurs vers le bio, les chercheurs mettent en évidence un rôle important des politiques territoriales et des groupes de pairs. On va vers le bio pour survivre mais aussi pour s’accomplir… et parfois également pour surmonter des tensions identitaires. Après une prise de risque afin de s’en sortir économiquement, l’agriculteur gagne en reconnaissance (professionnelle) par ses pairs mais aussi par la société. Enfin, ces parcours redonnent du sens au métier : autonomie, nouveaux défis, reconnaissance professionnelle, éthique et valeurs sociétales, plaisir du métier.

L’Itab et l’Isara ont étudié six projets d’accompagnement territorial vers l’AB. En conjuguant  deux finalités, le développement local de l’AB et la contribution de l’AB au développement local, ces projets identifient deux risques : sur la force de l’action publique et sur le fait de laisser en route des agriculteurs. Le métier d’animateur territorial bio est capital, l’animateur(rice) ne porte pas politiquement le projet mais mobilise les capacités et les compétences pour accompagner les personnes.

Les échanges lors de ce carrefour montrent que l’agriculture biologique reste un « modèle » bien documenté, et un terreau toujours fertile de recherche. Ils illustrent aussi l’importance des regards hybrides entre bio et conventionnels. L’évolution du consommateur, en réponse à l’urbanisation et à l’augmentation de la distance vis à vis de l’acte de production, ainsi que l’importance de l’étape de transformation sont autant de points qui bénéficieront des regards croisés de ces différents types d’agriculture.

En chiffres

2000 : date du premier programme de recherche dédié à l’agriculture biologique "AgriBio" à l’Inra.

Ce programme en est aujourd’hui à sa 4e édition, avec 11 nouveaux projets de recherche :
- 182 participants Inra et 33 partenaires auxquels s'ajoutent des "collaborateurs" scientifiques et professionnels non financés mais participant par exemple au pilotage des projets.
- 36 unités Inra impliquées (avec jusqu’à 24 participants pour l'unité Aster de Mirecourt)
- 10 départements de recherche Inra impliqués (avec jusqu’à 54 participants pour le département Science pour l’Action et le Développement)

Plus d'information sur le site du Comité interne Inra en Agriculture biologique CIAB >

Plus de chiffres sur l'AB à l'Inra >

A propos de

Ressources du Carrefour de l'Innovation agronomique

Le Carrefour de l'innovation agronomique "Dynamiques de développement des systèmes agricoles et alimentaires biologiques" s'est tenu le 28 avril 2016 à l'Agrocampus Ouest de Rennes.
Retrouvez :
-  les vidéos de ce colloque
-  les diaporamas projetés lors des différents exposés
-  les articles relatifs à ce carrefour parus dans la revue « Innovations agronomiques » : volume 51

Quelques dates

2007 :
  • l'Union Européenne publie un nouveau règlement relatif au mode de production biologique et à son étiquetage
  • les conclusions du Grenelle de l'environnement prévoient de passer en agriculture biologique 6 % de la surface agricole utile (SAU) française en 2012, le ministère de l'Agriculture et de la Pêche lance un plan d'action "Agriculture biologique : horizon 2012" (en 2006, 2 % de la SAU est en bio, 10 % en conversion)
2001 : création de l'Agence Française pour le Développement et la Promotion de l'Agriculture Biologique (Agence BIO)
2000 : lancement du programme Inra, puis Inra – Acta et Actia pour et sur l'agriculture biologique
1999 : cahier des charges de l'élevage biologique en France
1997 : lancement par le ministère chargé de l'Agriculture d'un plan pluriannuel pour le développement de l'agriculture biologique
1993 : création de la certification de produits issus de l'agriculture biologique, reconnus par un logo (AB)
1992 :
  • cahier des charges de la production (végétale) biologique
  • la nouvelle PAC intègre des aides à l'agriculture biologique
1991 : reconnaissance officielle de l'agriculture biologique dans l'UE
1990 : création du signe officiel de qualité public « AB » en France
1982 : création de l'Institut technique de l'agriculture biologique (Itab), qui deviendra Institut Technique Agricole qualifié en 2012
1981 : reconnaissance officielle de l'agriculture biologique en France
1979 : création du groupe de recherche en agriculture biologique
1978 : création de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB)
1972 : création de l'International Federation of Organic Agriculture Movements (IFOAM)
1960 : l'agriculture biologique se développe en France sous l'impulsion de la société Lemaire Boucher puis de l'association de consommateurs "Nature et Progrès"
1940 : développement de l'"agriculture organique" sous l'impulsion de la "Soil Association" qui se réfère aux écrits de Sir A. Howard
1928 : lancement de "Demeter", une marque qui certifie l'origine des produits biologiques