• Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte
  • Imprimer

Phytomicronutriments : des effets biologiques de mieux en mieux cernés

Depuis 2005, plus de 60 000 articles scientifiques publiés sur les seuls flavonoïdes… de plus en plus d’études s’intéressent aux bénéfices nutritionnels que nous apportent les phytomicronutriments par notre alimentation. Fruits et légumes essentiellement, mais aussi thé, café ou vin, fruits à coque et riz complet en sont les principaux pourvoyeurs.

Tangelo nova, le fruit, est un hybride entre un tangelo (pomelo x mandarine) et une clémentine (mandarine x orange).. © Inra, JACQUEMOND Camille
Par Nicole Ladet
Mis à jour le 04/07/2017
Publié le 19/01/2015

« De ton alimentation tu feras ta médecine » nous préconisait déjà Hippocrate… À la différence des vitamines et minéraux les phytomicronutriments ne sont pas « essentiels », aucun déficit ou carence n’ont été associés à des pathologies , ils ne sont pas indispensables à notre croissance. C’est avec l’âge et le vieillissement que nous percevons leur effet santé : ils nous protègent du cortège de réactions d’oxydation et d’inflammation (l’ « inflammaging ») par leur action anti-oxydante et anti-inflammatoire. Leur activité peut également être hormonale, anti-microbienne, cibler le microbiote intestinal ou encore influencer la lecture donc l’expression de nos gènes. Leur effet protecteur vise potentiellement tant les maladies neurodégénératives, métaboliques (diabète, obésité), ostéoporose, fonte musculaire (sarcopénie), que les maladies cardiovasculaires et le cancer. L’efficacité multi-site des phytomicronutriments est liée au fait que ces maladies partagent en effet des mécanismes métaboliques communs.

Un long chemin de la corrélation à la preuve

Moins de 10 allégations retenues par l'EFSA

Aujourd’hui (au 16 décembre 2014) moins de 10 allégations santé ont été retenues par l’EFSA pour les phytomicronutriments. La difficulté d’établir ces allégations tient à la complexité du sujet avec un nombre très large de composés impliqués (trois familles chimiques liées à trois grandes voies métaboliques (cf. encadré 3). Les cibles biologiques sont nombreuses et l’effet moléculaire complexe. L’efficacité individuelle est influencée par l’âge, la croissance, l’état de santé, la prise de médicaments… Globalement, la biodisponibilité des phytomicronutriments est très réduite. Ils ont une faible absorption et une forte minéralisation. Souvent, le métabolite actif n’est pas connu, ce qui rend difficile l’établissement d’une allégation santé.

Certains aliments et boissons sont riches en phytomicronutriments associés à une moindre incidence de maladies chroniques. Les maladies cardiovasculaires sont à l’origine de 2 millions de décès par an en Europe. Or 80 % pourraient être prévenues par le sport et la consommation de fruits et légumes. L’épidémiologie sur cohortes montre une relation entre la consommation de flavonoïdes et la réduction de la mortalité (20 %), elle réduit le taux de maladies cardiovasculaires. Au bout de 4 semaines de consommation de jus d’orange, on constate une diminution de la pression sanguine diastolique. L’étude clinique montre un effet du jus sur la vasodilatation. Plus largement, les fruits et légumes, l’huile d’olive, le thé et le café ont une action vis-à-vis des maladies cardiovasculaires et du diabète. Les fruits à pépins à chair blanche sont préventifs des maladies cardiovasculaires et les légumes à feuilles vertes du diabète.

Le lycopène (pigment rouge de la tomate) a une action reconnue sur l’inflammation induite dans les cellules des tissus adipeux (situations d’obésité). Les phytostérols (qui présentent une homologie structurale avec le cholestérol) réduisent le cholestérol dans la circulation sanguine (plusieurs allégations existent). Les effets des polyphénols de l’huile d’olive sont également reconnus par l’EFSA : chimioprévention sur le stress oxydatif et effet anti-agrégation plaquettaire. La fisétine, présente dans les fraises et les pommes, a une action antiinflammatoire sur la minéralisation des cellules osseuses.

De la production à la consommation

La pomme est le fruit le plus consommé en France, riche en polyphénols, fibres et antioxydants. La teneur en polyphénols varie beaucoup selon la variété de pomme, le porte-greffe, et dépend dans une moindre mesure de la charge de l’arbre et du mode de culture. Ariane est parmi les 3 variétés testées sur le domaine expérimental de Gotheron la plus riche en anthocyanes.

Les études montrent par ailleurs que polyphénols et caroténoïdes sont peu affectés par les traitements thermiques courants (cuisson, pasteurisation).

Pas d’allégation sans évaluation des risques éventuels associés

Pas plus de 3 à 4 tasses de thé ou café par jour

Des approches globales sont nécessaires pour mieux évaluer les bénéfices et les risques éventuels associés aux phytomicronutriments. De façon générale, leur consommation est plus efficace et plus sûre via l’alimentation que par des compléments alimentaires. Par exemple, les graisses stabilisent le lycopène de la tomate et les phytostérols sont plus absorbables consommés durant un repas que pris seuls. Mais les phytostérols réduisent la biodisponibilité des minéraux chélatés (fer, zinc). Ainsi, il est recommandé de ne pas dépasser une consommation de 3 à 4 tasses de thé ou de café par jour (et pas plus de 2 verres de vin). Le pamplemousse inhibe quant à lui les enzymes antivitamines K et augmente donc le taux de coagulation, ce qui est contradictoire avec l’effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires que peuvent avoir les phytomicronutriments apportés par les agrumes. Les fortes doses peuvent induire un ciblage différent : par exemple des cellules murines sont transformées en adipocytes (cellules graisseuses) à forte dose et en ostéoblastes (cellules osseuses) à faible dose. Les phyto-œstrogènes intéressants chez la femme en traitement hormonal peuvent perturber le cycle menstruel chez les autres ou la croissance des enfants.

Les phytomicronutriments illustrent parfaitement le fait que pour que l’alimentation puisse être notre médecine, il faut conserver une approche globale, pour une alimentation sans excès, diversifiée et associée à une bonne hygiène de vie.

En savoir plus

Le Carrefour du 16 décembre 2014 (Avignon)

Ce VIIIe Carrefour de l'innovation agronomique du volet Alimentation – Phytonutriments, de la plante au consommateur - traitait de leurs effets sur la santé, de leur devenir au champ puis durant la transformation (cuisson, préparation, conservation...)
Retrouvez :
- les vidéos du colloque
- les diaporamas projetés lors des différents exposés
-  les articles relatifs à ce carrefour parus dans la revue « Innovations agronomiques »

A propos de

Métabolomique

La métabolomique basée sur la spectrométrie de masse permet d’explorer plus en détail notre exposition aux phytomicronutriments, à l’échelle d’un individu, en prenant en compte des facteurs tels que la génétique. C’est une approche holistique, elle permet d’analyser simultanément, par des analyses de sang et d’urine, des centaines de métabolites issus de la transformation des phytomicronutriments au cours de la digestion. Elle s’est déjà révélée efficace pour identifier de nouveaux biomarqueurs de consommation d’aliments sources de phytomicronutriments et elle pourrait amener à la découverte de nouveaux bioactifs. Au-delà de leur consommation, la métabolomique permet d’évaluer l’exposition interne des sujets. Par cette approche, l’impact de choix alimentaires ou encore de modes de production des aliments sur l’exposition réelle des consommateurs peut être mesurée.

Focus

Phytomicronutriments et biochimie

Les phytomicronutriments appartiennent à 3 grandes familles biochimiques, associées à des voies métaboliques différentes :

  • Les terpénoïdes (dont la molécule de base comporte 5 carbones).

Notamment les monoterpènes (vanilline, alcool) et les tri et tétraterpènes (caroténoïdes).

  • Les composés phénoliques dont les flavonoïdes (que l’on trouve beaucoup dans les Labiacées)

Cette famille comprend les molécules provitamines A d’une part et d’autre part des phytomicronutriments :
Lycopène (pigment rouge de la tomate), lutéines (légumes verts), acide gallique (châtaigne), resvératrol (raisin, vin rouge), acide caféique
Flavonoïdes : flavanones (citrus), isoflavones (légumineuses), flavones (poivrons), flavonols (oignons), anthocyanines (aubergines)...

  • Les composés soufrés (eux-mêmes dérivés de composés azotés).

Parmi eux les glucosinolates (Crucifères) dégradés en isothiocyanate et en indol, préventifs dès les premières étapes de la cancérogénèse. Cette dégradation a lieu sous l’effet d’une enzyme qui rend ces molécules bioactives.
Les sulfures d’allyles dégradés en thiosulfinates eux aussi protecteurs dès les premières étapes de la cancérogénèse.